Rapport à l’alimentation

27 Juil

J’ai un diplôme « d’ingénieur des techniques des industries agro-alimentaires ». Un des enseignants de l’école qui m’a délivré ce beau diplôme nous avait dit que pour faire un bon ingénieur IAA, il fallait aimer cuisiner, ou au moins aimer manger ; a priori, j’avais tout faux.

Un souvenir récurrent de mon enfance, c’est mon père qui râlait parce que je ne finissais pas mon assiette (et souvent, ma mère qui sortait un « légume de secours » quand elle trouvait que j’avais vraiment très peu mangé). Le mot anorexie figure dans mon carnet de santé à l’âge de 16 mois – bon d’après le toubib auquel j’en avais parlé, « c’est très courant les bébés anorexiques : le mot fait peur parce qu’on entend surtout parler d’anorexie mentale, mais le mot anorexie signifie juste « manque d’appétit », c’est souvent passager ». Je ne m’intéressais à la cuisine que lorsqu’il s’agissait de faire des frites ou des gâteaux ; un bouquin de recettes sauce Disney avait vaguement réussi à m’intéresser à deux ou trois entrées.

À partir de mon adolescence, ma mère m’a régulièrement acheté des livres de recettes, dans l’espoir que j’acquière les bases nécessaires à ma survie quand je quitterais le nid familial ; j’ai triché, j’ai quitté la maison parentale pour un internat proche de chez ma sœur (qui elle, pratiquait l’art culinaire depuis déjà quelques années). Pendant 3 ans, c’était donc cantine du lundi matin au samedi matin, déjeuner chez ma sœur le samedi midi, reste du midi le samedi soir, resto U ou MacQuick ou sandwich le dimanche. À la fin de ma deuxième année de prépa, bizarrement, j’avais perdu 5 kg. C’est à cette époque que le surnom de Moineau m’est attribué ; je fréquente des gens qui mangent entre deux et trois fois plus que moi à chaque repas (et l’un d’eux devra ramasser sa mâchoire par terre, après qu’elle s’est décrochée à l’audition de mon « oh tu sais, manger c’est une corvée »).

Étape suivante, indépendance véritable avec d’abord une chambre en cité U puis un petit appartement. Le resto U étant un peu loin et le quartier dépourvu de nourriture instantanée, je prends l’habitude de remplir mes placards de pâtes et riz, divers légumes en conserves, Schokobons®, et le frigo de steaks hachés, plats micro-ondables (le micro-onde, meilleur ami du Moineau livré à lui-même), laitages divers. Le repas ne prend de préférence pas plus de 5 minutes, la préparation 2. Je récupère mon poids « de forme » d’environ 48kg, en mangeant peu aux repas et grignotant beaucoup entre deux. Le temps passé à table me semble une perte de temps, et comme préparer le repas m’ennuie, je fais en sorte d’avoir toujours un reste à réchauffer au tour suivant. Du coup, au lieu de manger une portion classique, je m’arrête dès que j’ai englouti suffisamment d’énergie pour « tenir » jusqu’au repas suivant. Ce fonctionnement était tout à fait instinctif, je ne l’ai analysé qu’au bout de plusieurs années. Je poursuis sur ce rythme jusqu’à la rencontre avec M. Moineau, et précisément qu’il emménage avec moi : il fait la cuisine, alors bon je me laisse un peu aller… je prends environ 12kg en l’espace de 6 mois !

Récemment, j’ai commencé à m’interroger sur le végétarisme/végétalisme. Je ne me souviens pas de la première fois que j’ai entendu ce terme, du contexte. J’avais enregistré qu’un végétarien était quelqu’un qui ne mangeait pas de viande, mais sans m’interroger sur le « pourquoi ». Du coup, je m’imaginais plus ou moins que le terme regroupait les gens qui n’aiment pas la viande : après tout, quelle autre raison de ne pas en manger ? Aujourd’hui, je découvre toute une liste d’autres raisons (santé, environnement, protection animale) qui m’interpelle doublement : pourquoi en entends-je parler seulement maintenant, et pourquoi n’étais-je pas arrivée par moi-même à la conclusion que la consommation de viande allait à contre-courant de la préservation de sa propre santé et de l’environnement, et était incohérente avec l’amour des animaux ?

Question subsidiaire : suis-je capable de changer mes habitudes alimentaires ? En un sens, c’est le bon moment pour m’y mettre : je dois de toute façon modifier mon alimentation si je ne veux pas transmettre toutes mes mauvaises habitudes à mon zozio. Puisqu’il faut passer d’un régime nawak à un régime équilibré, pourquoi ne pas choisir un régime équilibré végétarien / -lien ? Petit à petit, j’analyse mes points de blocage, fais des tests… l’idée fait son chemin, sans bousculade car je sais que j’en ai pour des mois. Avec un déménagement et un nouveau boulot pour septembre, je ne suis pas disposée à m’imposer un autre changement actuellement (et puis, la végétalisation ira probablement de pair avec une (re)conversion au Bio, et j’ai un peu la flemme de chercher un point d’approvisionner dans une ville que je quitte bientôt).

Mes points de blocages identifiés :

  • mon inertie naturelle ;
  • ma dépendance aux laitages ;
  • l’image « repas = viande + accompagnement » que j’ai du mal à abandonner, même si c’est plus facile en été ;
  • la légère confusion qui règne dans mes motivations : arrêter la viande pour la souffrance animale, le poisson pour ne pas vider les océans (et oui, je l’avoue platement, la souffrance du poisson m’indiffère pas mal par rapport à celle de la vache), les laitages par cohérence avec la viande, les œufs idem, à moins de me lancer dans l’élevage de poules (ça pourrait venir, y’a déjà un poulailler dans mon futur chez-moi). Le tout pour ma santé, un peu, celle de mon fils, beaucoup.

Les tests déjà réalisés :

  • parler avec des gens qui ont déjà passé le cap (ici en particulier ; une vraie mine d’informations, et personne ne m’a mordue quand je me suis présentée comme omnivore)
  • faire un gâteau au chocolat sans œufs ni produits laitiers (euh… j’avais raté la cuisson, donc je peux pas trop dire… mais la consistance avait l’air un peu bizarre même dans la partie cuite)
  • remplacer le beurre par de la margarine et le lait de vache par du lait végétal pour faire mes brownies
  • faire mon chocolat du matin avec un lait végétal (lait d’amande : échec critique, j’ai jeté la moitié du bol ; lait d’avoine : mieux, mais il faudrait encore ajouter un épaississant)
  • goûter des desserts à base de soja (au chocolat ça passe bien, la vanille par contre était très « typée » soja)
  • modifier mes critères de choix de menu à la cantine : melon plutôt que salade au thon en entrée, pizza plutôt que plat de viande (il reste le fromage mais franchement, la cantine c’est pas forcément un endroit facile pour manger 100% végé), salade de fruits plutôt que crème au chocolat (heureusement, ils font une salade de fruits frais… je ne me sens pas encore capable de remplacer leur crème au chocolat par des fruits en conserve). Le plus facile : arrêter de manger des bébés. Du veau, de l’agneau ? je prends l’autre plat.

Les prochains tests à faire :

  • les substituts carnés. Je ne suis pas très optimiste là-dessus. Je pense qu’avoir des plats qui ressemblent à mon alimentation habituelle m’aiderait à passer le cap, bien que je trouve que ça relève de l’hypocrisie, mais je risque fort de ne pas aimer grand-chose. Je n’aime généralement pas qu’il y ait un décalage entre l’apparence d’un aliment et son goût (je n’aime ni café ni thé ni tisanes à cause du manque de consistance par exemple : ça a une couleur, une odeur, mais c’est de la flotte), du coup je pense que même si visuellement un produit a l’aspect familier d’un steak haché par exemple, le goût différent va me bloquer.
  • d’autres pâtisseries sans œufs. J’ai lu qu’on pouvait acheter dans le commerce des « substituts d’œuf » végétaux, mais je n’ose pas imaginer l’effet sur le porte-monnaie.
  • faire une journée entièrement végé.

Bon pis surtout, il faut que je me penche sur les valeurs nutritionnelles de tel ou tel produit, parce que donner une crème de soja ou une crème dessert à mon zozio pour son dessert, je ne suis pas sûre que ça fasse le même effet.

Y’a encore du boulot !

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2 Réponses to “Rapport à l’alimentation”

  1. Peuvent-ils-souffrir 8 août 2013 à 20 h 28 min #

    Tu as l’air très lucide sur ton parcours, je trouve ça super et ça doit aider pour changer d’alimentation. Pour le végéta*isme, je suppose que tes motivations vont devenir plus claires avec le temps et peut être se cumuler.

    • Moineau 9 août 2013 à 9 h 03 min #

      Merci pour les encouragements 🙂

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