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Ode aux enseignants 4/5 : la prépa

24 Déc

4ème épisode scolaire : la classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE)

Après un démarrage ici, un second épisode , un troisième , me voici, bac S sans mention en poche, en classe prépa.

1ère année en BCPST (ou SupC pour les intimes)

Nous sommes accueillis le jour de la rentrée par nos trois profs principales : Maths : Mme E-M, Biologie : Mme S, Physique-Chimie : Mme. Len. Elles ont en commun une bonne humeur quasi-permanente, un esprit aiguisé, beaucoup d’humanité même si parfois la sévérité prend le dessus. Le mot de la rentrée reste pour moi celui de Mme S : « Bon, vous avez sûrement entendu dire des tas de choses horribles sur la prépa… mais en fait, ce n’est RIEN à côté de la réalité ». Bienvenue !
Il faut dire qu’à la fin de l’année (même un peu avant), les profs se prononceront sur l’opportunité pour chaque élève de continuer ou non en prépa ; éjecter quelqu’un qui aurait pu réussir, c’est dommage, encourager quelqu’un qui finalement échouera deux fois, ça l’est encore plus. Elles nous scrutent, tout au long de l’année, nous encouragent, nous secouent, chacune à leur manière, et c’est finalement la combinaison de leurs manières qui fait que ça marche aussi bien.

Allemand : M. Hu. Ahlala. Mon idole. ZE prof marquant de toute ma scolarité. Bon déjà, il est prof d’allemand, et vous aurez compris, depuis le temps que je vous bassine avec, tout l’amour que j’ai pour cette langue. Ensuite, comme la plupart de nos profs, il a le genre d’humour auquel je suis sensible. Surtout, il va réellement me faire progresser. Autant les années précédentes, les cours d’allemand ne me servaient qu’à parler un peu, apprendre quelques tournures grammaticales… autant ses cours sont vivants, parce qu’il bâtit notre culture (politique, questions de société…) en même temps que notre connaissance de la langue. Pendant 3 ans, c’est un élément majeur de ma bouée de sauvetage. La première fois que je passe les concours, j’obtiens 19 à l’écrit et 20 à l’oral. La seconde fois, un point de moins à chaque épreuve. Quand je lui indiquerai ma déception, il me dira « C’est normal, cette année, votre niveau était un peu descendu, vous étiez moins concentrée ; je ne vous l’ai pas fait remarquer car vous deviez absolument faire des progrès dans les autres matières, c’était le plus important, et d’ailleurs, ces progrès, vous les avez faits. » Sur le moment, j’étais un peu amère, mais assez vite j’ai compris le service qu’il m’avait rendu : me laisser savourer mes menues victoires ailleurs, sans les entacher d’une « baisse de régime » sans grande ampleur.

Français : M. Cher ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Notez, ça vaut mieux que laisser un mauvais souvenir.

Anglais : je suis en train de me demander si je suis allée en cours d’anglais, tellement je ne me souviens d’aucun prof dans cette matière pendant mes trois années de prépa… d’ailleurs en dernière année, j’ai choisi de passer l’espagnol au concours, juste pour le fun (et j’ai eu la même note que j’avais eu en anglais l’année d’avant, comme quoi j’ai bien fait de me faire plaisir).

Sport : Je ne me rappelle pas son nom, seulement son accent du sud-ouest. Il nous rappelle les bienfaits du sport sur l’organisme, surtout chez des jeunes gens passant un grand nombre d’heures à se faire chauffer les neurones… et cherche à nous motiver en proposant des sports peu habituels en milieu scolaire : boxe, musculation. Ça ne m’a pas empêchée de sécher quelques séances, mais vraiment, la boxe, c’était super sympa.

2ème année BCPST (SpéC)

Ceux qui ne changent pas :  Allemand,

Maths : Mlle Lau. Petit bout de bonne femme à la voix tout juste perceptible, mais dégageant beaucoup d’autorité. L’idée que ses cours ne soient pas compris l’angoisse manifestement : elle guette le moindre froncement de sourcil évocateur d’un trou cérébral, et motive par là une nouvelle série d’explications. Et pour s’assurer que nous comprenons bien ce que nous faisons, elle exige que dans nos devoirs, chaque ligne de calcul ou presque soit justifiée. Je fis une overdose de justification, me demandant comment je pourrais justifier que 2+2=4 (en comptant sur mes doigts ?). Ce petit travers était cependant pardonnable au vu de son immense dévouement.
Biologie : Mme Bla. m’étonna un jour en prenant un temps de réflexion pour vérifier où était la droite, où était la gauche : je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un d’une intelligence comme la sienne puisse être tracassé par une difficulté de ce genre.
Physique-Chimie : M. Mat avait un air perpétuellement distrait dont nous nous amusions beaucoup (ainsi que de sa mèche de cheveux tentant vainement de masquer une calvitie avancée – oui à tout âge, les élèves sont cruels). Calme et bonne humeur sont les caractéristiques qui me reviennent en premier lieu à son sujet.

Français : M. Tra sait que pour beaucoup d’entre nous, le français c’est la « récré » de la semaine, il compose avec nos inattentions, tout en faisant des rappels à l’ordre quand le besoin s’en fait sentir. Je me rappelle encore certaines réflexions philosophiques émaillant son cours (« je vous engage vivement à faire une crise d’adolescence… enfin, bon, à votre âge normalement c’est déjà fait ; mais si on refoule cette période, elle finit par arriver plus violemment et là, les parents en prennent pour vingt ans »).

Sport : Aucun souvenir, il faut dire que je trouvais bien meilleure la compagnie de l’infirmière du lycée que la sienne.

 Géographie : M. Sta est un jeune prof, dont on se demande s’il a bien fait de le devenir : il est manifestement mal à l’aise en public, bute souvent sur les mots, et manque cruellement d’autorité (la géographie intéresse moyennement les biologistes que nous voulons être pour la plupart, il faut donc un certain charisme pour maintenir l’ordre dans la classe… il en est malheureusement dépourvu). J’ai souvenir une séance de colle où, me voyant fondre en larmes, il m’avait gentiment dit de prendre 5 minutes pour aller me passer de l’eau sur le visage, pour que l’interrogation puisse ensuite reprendre sereinement, puis m’avait ré-expliqué les éléments importants de l’exercice : en fait, je crois qu’il aurait fait un bon prof particulier.

2ème année BCPST, 2ème édition (c’est ce qui arrive généralement quand on rate les concours)

Ceux qui ne changent pas :  Allemand, Français. À noter que par défaut, en redoublant, je me retrouve avec la même équipe que l’année précédente, mais je demanderai à changer de classe, pour bénéficier d’une approche différente.

Bio (et surtout géologie) : M. Dem, nouvellement arrivé dans l’établissement, est passionné de géologie, suffisamment pour m’y intéresser. Il est parfaitement assorti au reste de l’équipe pédagogique : sens de l’humour et joie de vivre, sévérité parfois mais surtout un goût pour la transmission du savoir.

Maths : M. Den a une écriture parfaitement illisible, heureusement pour nous, il le sait : il ne distribue plus d’énoncés manuscrits depuis qu’un élève (quelques années avant nous), au cours d’un devoir, lui avait dit « Monsieur, votre z m’embête dans ce problème », et que le z en question était en fait un 3. Les énoncés sont souvent agrémentés d’une phrase ou d’un dessin humoristiques, une fois même d’une photo de son fils (sûrement pour nous retenir de proférer malédictions en tout genre après quelques heures de triturage de neurones).

Physique : M. Rop est surtout réputé pour ses remarques piquantes et/ou misogynes (« En somme, vous êtes comme un cation » « gné..?  » « Ben oui, vous avez une lacune ! » ça c’est dans son registre « gentil »). Beaucoup d’élèves sont au bord des larmes à l’approche d’une séance de colle avec lui, encore plus ouvrent les vannes après la séance. Je me surprendrai cependant à apprécier son humour au fur et à mesure de l’avancée de l’année, et devrai au moins lui savoir gré de m’avoir rendu compréhensibles certains mystères de la chimie.

Sport : probablement le même que l’année précédente, mais cette fois il n’a pas dû me voir plus d’une fois.

Géographie : À l’inverse de M. Sta, un orateur doué, qui sait nous intéresser à son sujet. Ses descriptions des régions françaises sont vivantes, on s’y croirait. Je me lasse vite de l’entendre vanter la picole de tel ou tel canton perdu, mais bon c’est une réalité française : on dit que chaque ville allemande a sa bière attitrée, de même chaque recoin de l’hexagone se vante de sa piquette. Je préfèrerais qu’on parle de chocolat, mais je suppose qu’il m’aurait fallu étudier en Suisse.

 

Autre personnage important : l’infirmière, Mme Jac. Je ne sais plus à quel moment je me suis décidée pour la première fois à frapper à sa porte ; je crois que j’étais allée voir une copine qui se reposait à l’infirmerie, et qu’à cette occasion j’avais discuté avec Mme Jac, et découvert son infinie gentillesse. On venait prendre des nouvelles d’un camarade ? elle en profitait pour demander comment nous allions. Fatigue, stress, coup de cafard ? « venez prendre un goûter ici, au calme, avant de retourner dans votre chambre ». Elle écoute, compatit, dédramatise. Donne l’adresse du CMP du coin, aussi, ainsi que d’une structure spécialisée dans le soutien scolaire, qui associe enseignants, psychologues, infirmières, médecin. Certains élèves n’aiment pas son côté maternant, pour ma part j’y trouve mon compte, quand je me refuse à confier à mes parents, si loin d’ici, à quel point je peux avoir le moral dans les chaussettes.

 

La prépa, c’est un monde à part. Un contraste violent avec la tranquillité que j’ai connue jusqu’au Bac : passer de 18 de moyenne en maths à une note de 7 au premier devoir, ça calme. Pendant longtemps, l’allemand est la seule matière où j’ai la moyenne. Les maths redécollent petit à petit, la biologie spasmodiquement, tandis que je me vois abonnée à des 3 ou 4 en physique-chimie. Heureusement, les copines sont là pour éponger les larmes. Et bizarrement, les profs se montrent encourageants, que ce soit de quelques mots par ci, une remarque positive sur une copie par là, un soupçon d’indulgence lors d’un oral, les appréciations sur le bulletin… mes résultats me semblent catastrophiques, pourtant ils me disent que je peux y arriver, que j’ai les ressources qu’il faut, ils les voient. Ma deuxième session au concours leur donnera raison, mon classement me permettant d’obtenir une place d’élève-fonctionnaire dans l’école qui me plaît. Tous, à leur manière, ont contribué à ma réussite : ceux qui avaient des mots de consolation comme ceux qui préféraient assener des « remue-toi, ce n’est pas en sanglotant que tu arriveras à quelque chose » (en version plus diplomatique que ça, mais c’était l’idée). Tous étaient attentifs aux élèves, demandant à la meilleure amie d’Unetelle des nouvelles si celle-ci ne se montrait pas en cours quelques jours, repérant les signes de découragement et cherchant les meilleurs mots pour y remédier.

La prépa a été la partie la plus difficile de ma scolarité, et pourtant j’en garde essentiellement de bons souvenirs : les rencontres que j’y ai faites, qui m’ont fait grandir. Ce sont ces années-là qui me font penser parfois que moi aussi, j’aimerais enseigner.

Ode aux enseignants 3/5 : le lycée

3 Juil

Retour à un peu de légèreté, avec un billet qui se faisait un peu attendre.

Après un démarrage ici et un second épisode , je continue dans mes souvenirs… cette fois, ça devient sérieux (enfin je l’ai cru sur le moment) : le lycée.

2nde (wouh pinaize, 12 classes de seconde… à raison de 32-33 élèves par classe… ça en fait du monde) :

Français / Latin : Erf, son nom m’échappe. Plus généralement, je m’aperçois que si je revois très bien les visages de la plupart des profs de lycée, j’ai du mal à situer si j’ai eu untel en 1ère ou terminale, si j’ai eu unetelle deux ans ou si j’oublie un autre prof… Le Français n’était pas ma matière préférée mais j’ai bien apprécié ses cours, et je n’ai pas regretté non plus d’avoir continué le latin. Ce prof avait quasiment toujours le sourire, beaucoup d’esprit.

Maths : M. Fon., patient, souriant, donnait une ambiance détendue à ses cours. Je l’appréciais énormément, d’autant qu’il était le seul prof à ne pas me reprocher via les bulletins d’être trop concise (2+2, ça fait 4, nul besoin de longs discours).

Physique-Chimie : M. Dau. avait le front qui se dégarnissait, et donc une longue mèche de cheveux rabattue en travers pour tenter de masquer cette calvitie naissante bien établie. Il avait une certaine timidité qui m’a parfois amenée à me demander comment il avait bien pu devenir prof ; sa matière le passionnait, mais parler en public le mettait encore mal à l’aise après pas mal d’années de pratique (il avait passé la quarantaine, je ne saurais dire son âge exact). J’ai su peu après avoir quitté le lycée qu’il était décédé d’un cancer, et ça m’avait attristée ; il m’avait laissé un bon souvenir même si la physique et la chimie me réussissaient moins que les maths.

Allemand : Mme Paq. avait une « vraie » classe avec au moins 25 élèves, ça changeait du collège. Du coup, moins grande complicité établie même si forcément, j’avais un traitement un peu particulier. J’ai le souvenir d’une prof au visage assez sévère, parlant fort (pour nous dissuader de parler plus fort qu’elle ?), sentant fort le tabac (beuark).

Anglais : Hmm. Aucun souvenir. Mais vraiment aucun. J’ai un peu honte là du coup.

Histoire-Géographie : M. Dou. Je ne revois pas trop sa tête, je me rappelle juste qu’il nous avait cité pour illustrer le chapitre sur la Première Guerre mondiale une lettre de son propre grand-père, et qu’en fin d’année scolaire (vous savez, quand la moitié des élèves ne viennent plus en cours), il nous avait proposé de regarder West Side Story.

Biologie : Mme Gou. (tiens homonyme de la prof de techno du collège) : bonne humeur à toute heure, une dose d’auto-dérision, je l’ai adorée, et retrouvée avec plaisir en Terminale – d’autant qu’elle avait instaurée, pour le groupe des Spé Bio, un goûter hebdomadaire. Et oui, alors qu’elle nous faisait remarquer un jour que nous n’étions pas très attentifs, un élève avait répondu que c’était à cause de l’horaire du cours (12h-13h ce me semble) : nous étions en hypoglycémie ! « Chiche ! La semaine prochaine, je vous apporte un goûter, mais à une condition : ensuite, ce sera chacun son tour ». Une prof qui venait en classe avec un badge « en grève » lors des mouvements de l’époque, parce que « OK, je suis mécontente des réformes annoncées et je veux que ça se sache, mais vous, vous passez votre Bac à la fin de l’année, et il est hors de question que vous vous plantiez parce qu’on n’aura pas eu le temps de finir le programme ».

Sport : Impossible de me rappeler son nom, par contre je me souviens qu’il nous avait fait un petit « discours d’accueil » avec deux mots-clés : « autonomie, responsabilité ». Il considérait qu’en arrivant du collège nous étions encore des enfants et que le but du lycée était de nous faire acquérir ces deux qualités ; il prenait au sérieux son rôle d’adulte accompagnant des enfants vers l’âge adulte, et même si on se moquait un peu de son petit leitmotiv, je trouvais ça bien.

1ère S  :

Ceux qui ne changent pas : Histoire-Géographie, Allemand

Maths : Mme Bon. sentait la vanille, façon désodorisant d’intérieur plutôt que parfum ou déo. Voix douce mais dégageant beaucoup d’autorité, elle n’était pas appréciée par tous mais était vraiment pédagogue. J’appréciais beaucoup ses cours (moui OK les maths et moi c’était de toute façon une grande histoire d’amour), mais pourtant à la fin de l’année je me sentais proche de l’overdose (une des raisons pour lesquelles j’ai pris l’option SVT l’année suivante).

Physique-Chimie : M. Gi est obèse et un peu sourd. La combinaison de ces deux caractéristiques donnent des échanges du type « Monsieur, vous pouvez réexpliquer s’il-vous-plaît ? » « Mhh ? oui, oui, tu peux ouvrir la fenêtre » (en plein hiver). Il a quelque chose d’antipathique (en plus de son odeur corporelle à flinguer les mouches), et la plupart d’entre nous redoutions les heures passées dans sa classe. Pour autant, j’assimilais ses cours sans énormément d’effort, et trouvais dans l’ensemble son cours clair et bien construit. J’ai tout de même été étonnée lors de l’inscription en terminale d’apprendre qu’il m’avait portée sur la liste des « élèves susceptibles de réussir une bonne année avec l’option Physique-Chimie », car je ne considérais pas mes résultats dans sa matière comme suffisants. La liste en question avait été faite sur demande du proviseur car trop peu d’élèves demandaient cette option (forcément, on savait qu’en la choisissant on aurait forcément ce prof en Terminale), et qu’il lui fallait équilibrer les trois spécialités (Maths, Bio ou Physique-Chimie).

Français : Mlle Ni. avait également un problème d’odeur corporelle. Elle sentait le vieux. Être assis dans les deux premiers rangs pendant son cours était une torture, le premier d’ailleurs était désert. Et en plus, elle nous faisait étudier les Confessions de Rousseau (me souviens pas, c’était peut-être obligatoire ?). J’ai passé l’année à rêvasser pendant ces cours, en sursautant quand elle posait une question, priant silencieusement pour ne pas être interrogée.

Anglais : Une jeune et jolie brune que mon meilleur ami désignait par son prénom (Véronique ?). Souriante, sympathique, et nous apprenant des choses (oui, je sais, c’est la base du métier, mais avec certains c’est quand même moins évident qu’avec d’autres).

Biologie : Mme Pa. (je triche, je ne me souviens pas de son nom exact mais je suis à peu près certaine que ça commençait par « Pa »). Je me  rappelle que j’appréciais moins ses cours que ceux de Mme Gou., mais je ne me souviens pas trop pourquoi.

Sport : Mme euh… je revois vaguement sa silhouette, mais j’ai oublié son nom. Je ne l’appréciais pas, mais c’était uniquement parce que je suis allergique au sport.

Terminale S, spé Bio :

Ceux qui ne changent pas :  Histoire-Géographie, Allemand, Bio (Mme Gou), Physique-Chimie (M. Gi), Sport (j’ai un doute, mais je crois bien que c’était la même prof qu’en 1ère)

Philosophie : Aaaah… Bruno. Oui, je me permets un peu de familiarité, mais c’est que la philo, c’est spécial. Dès le départ le ton était donné : « les notes, c’est administratif, mais ça ne sert pas à grand-chose : au fond, vous savez pour la plupart la qualité de votre travail. Mon fonctionnement est le suivant : pour ceux qui s’en foutent, je note entre 10 et 13, pour ne pas plomber votre moyenne générale ; pour ceux que ça intéresse et qui bossent, je note en fonction de la qualité obtenue, donc de 0 à 20 ». Il a su motiver les troupes en nous expliquant que la philo est une matière scientifique, preuves à l’appui (« regardez les dossiers d’entrée dans les études supérieures, filières scientifiques : l’avis du prof de philo est systématiquement demandé, pas toujours celui du prof de Bio ») : la philo, c’est de la logique. Mais au lieu de la traduire avec des symboles mathématiques, on l’applique à des idées. J’ai passé une excellente année.

Maths : M. Do., surnommé « Bip-Bip ». Petit, dégarni, il me rappelle un peu M. Bite, le côté pervers en moins. Je l’ai beaucoup moins apprécié que les deux précédents, mais ça ne m’a pas empêchée d’aimer toujours autant les maths.

Anglais : Je ne retrouve pas son nom, mais je la revois assez bien, pauvre jeune enseignante livrée à une meute d’anglophobes. Aucune discipline dans son cours, alors qu’elle ne méritait pas tant de bazar. Pour ma part j’ai passé toute l’année à écrire des petits mots à mon voisin et meilleur ami (au moins, on ne dérangeait pas les 3 qui voulaient suivre).

Prochain épisode : la classe prépa.

Ode aux enseignants 2/5 : le collège

15 Avr

Suite à une remarque très pertinente d’une amie, je me rends compte que mon introduction (ici) manquait peut-être d’un petit quelque chose.

« C’est normal que tu aies un bon souvenir de l’école, vu que tu n’avais pas de problème » (ceci dit sans aucune animosité bien entendu, elle n’a pas trop mal réussi non plus… pour tout vous dire, je lui ai proposé de lire cet article parce qu’elle est instit’).

Donc, mon propos n’est pas dire que tous les profs sont formidables (vous ne me croiriez pas de toute façon :-p ), mais de tempérer l’opinion inverse souvent clamée  à droite ou à gauche. A chaque grève (ou presque), c’est l’occasion pour M. Moineau de me redire que « pff les profs, jamais contents, (…) j’en ai eu qu’un seul bon dans ma scolarité (blabla) ». J’ai chaque fois envie de répondre que je n’en ai eu qu’un seul mauvais, et que ma scolarité ayant été plus longue que la sienne, statistiquement il y a donc plus de bons profs que de mauvais… mais d’une part c’est un raisonnement biaisé, d’autre part il ne démordra pas de son idée.

Pour conclure, ma rétrospective est juste là pour rappeler que notre perception des profs est liée pour beaucoup à nos propres résultats ; qu’un prof qu’on n’aimait pas n’était pas pour autant forcément « mauvais ». Et au passage, si ça peut mettre un peu de baume au cœur à quelques enseignants qui en ont marre de se faire traiter de feignants etc, ça me fait plaisir (servez-vous, c’est gratuit).

6ème (toujours expatriée, mais le collège, comme l’était l’école primaire avant, est français) :

Français : M. Arm., notre professeur principal. Pas une figure qui m’a marquée, si ce n’est qu’il nous avait fait faire des fiches de lecture sur des livres de notre choix, à échanger entre nous pour encourager les moins lecteurs à s’y mettre.

Maths : M. Lep. Un accent prononcé de je ne sais quelle région (j’ai toujours été nulle pour reconnaître les accents), et une manie de répéter « c’est bien clair ? » « est-ce que c’est clair ? ».

Allemand : Mme Döh. Longs cheveux gris toujours nattés, sourire permanent, voix douce. Elle suivait le programme officiel de 6ème avec des élèves qui presque tous avaient une voire plusieurs années de pratique derrière eux, ça lui donnait le temps de se concentrer sur ceux qui étaient réellement débutants ou avaient des difficultés.

Histoire-Géographie : Aaaaaah… M. Ri. La terreur du collège. On devait entendre les mouches voler pendant le cours, sous peine de voir brandir le spectre d’une interro surprise (pas forcément que le spectre d’ailleurs). Comme les autres, j’allais à son cours avec une crainte marquée (d’autres en avaient carrément des maux de ventre, je n’en étais pas là). Il m’a cependant appris une chose très importante : aller au-delà des habitudes, ne pas laisser brider notre imagination. Un exemple bête, il nous faisait écrire dans nos cahiers en utilisant toute la double page ( de la marge de gauche au bord de la page de droite avant d’aller à la ligne) ; et oui, pourquoi pas ? Les standards ont leur utilité, mais il faut savoir parfois les dépasser. En début d’année, nous avions appris une liste assez détaillée des mers du globe ainsi que des chaînes de montagnes. Nos cartes étaient couvertes de noms que nous désespérions de pouvoir retenir. Les notes étaient strictes, prenaient en compte l’orthographe, la propreté de la copie. Un jour, il m’a rendu ma copie en disant « Bon… et bien j’ai mis 20, bien qu’il y ait une petite erreur… mais je mets si rarement d’aussi bonne note que je trouvais dommage de ne mettre que 19,5 » : ça a fait le tour du collège (quelques temps plus tard, une fille parle avec une connaissance commune près de moi puis s’interrompt, me regarde… « hé mais… c’est toi qui as eu un 20 avec Ri ??? »). M. Ri était passionné. Nous avons passé plus de temps que prévu par le programme officiel sur l’Egypte, mais alors… c’est simple, nous y étions. Je n’ai plus jamais eu un professeur qui me passionne autant dans ces matières.

Biologie / Musique : M. Vau. a hérité de la classe de musique car il n’y avait pas de prof de musique en titre, et qu’il était le seul enseignant du collège a être passé par un conservatoire. Jeune prof mais un peu sévère, il me laisse un souvenir assez « neutre ».

Technologie : Je n’aimais pas trop M. Cou., surtout parce que la matière m’intéressait peu (du moins toute la partie en atelier). Je lui suis tout de même hyper reconnaissante de nous avoir fait apprendre par cœur le clavier azerty, ça me permet d’avoir une bonne vitesse de frappe (oui, je me la pète – j’ai le droit, je suis chez moi). A l’atelier, je me rappelle de quelques moments particuliers, sur les consignes de sécurité : « Alors ça, c’est de l’alcool éthylique, comme dans le whisky, la bière… ; et ça, de l’alcool méthylique. Au cas où vous auriez l’idée stupide de goûter, je vous préviens : l’alcool éthylique tue lentement, l’alcool thylique tue très vite. » Ou encore « Pour savoir si le fer à souder est chaud, vous ne collez pas vos doigts dessus comme l’a fait une élève l’an dernier ; vous approchez le fil à souder et vous voyez si ça fond. » L’élève qui avait mis les doigts dessus, c’était ma sœur  et j’en étais assez traumatisée.

Arts plastiques : ma mémoire me fait défaut… je me souviens avoir galéré pour faire ma « lampe chinoise », mais je ne revois pas le visage de la prof ni ne me rappelle son nom.

Sport : Mme Fou. Bon alors là comment dire… je hais le sport, donc je n’ai aucune objectivité. Au moins, j’avais une dispense médicale pour la piscine, ça me faisait une heure par semaine de souffrance en moins !

5ème (retour en France… dur dur) :

Français : Mme Du., la prof aux chats : elle aime les chats et le fait savoir, tous les ans c’est le thème de l’exposé que les 5ème doivent réaliser au cours du premier trimestre (elle doit avoir une sacrée collection, car elle a quelques dizaines d’années de bouteille). Je la trouve intimidante, et ne suis pas la seule. Typiquement une des profs qu’on apprécie quand on est en tête de classe et qui nous fait trembler quand on est en queue de peloton.

Maths : Mme Jo. Elle est de la même génération que Mme Du., mais le sourire lui vient beaucoup plus facilement ; même les allergiques aux multiplications l’apprécient.

Allemand : Incroyable (et honteux), son nom ne me revient pas ! Je me souviens pourtant parfaitement du début de son premier cours… L’appel est vite fait, nous ne sommes que neuf élèves, dont huit qu’elle connaît depuis l’an dernier. « Bien, nous avons une nouvelle, faisons un peu connaissance : Woher kommst du ? » « Ich komme aus Berlin. » « Oh ! Interessant ! » (D’où viens-tu ? -De Berlin -Oh!? Intéressant. »). Mine réjouie de la prof, silence de plomb de mes camarades qui me dévisagent. C’est le début d’une complicité particulière, car dans ce cours j’aurai une position quasi-officielle « d’assistante de la prof ». Le seul « reproche » que je lui faisais (intérieurement – me serais jamais permis), c’est de très peu reprendre les autres sur la prononciation ; j’avais l’impression qu’elle était tellement contente d’avoir cette poignée d’élèves qu’elle ne voulait pas les traumatiser, pour ne pas ruiner les chances que les éventuels petits frères et sœurs choisissent aussi l’Allemand… peut-être qu’elle s’était simplement découragée. Ou bien c’était du pragmatisme : quand vous allez à l’étranger, si vous parlez la langue sans accent, les gens s’attendent à ce que vous les compreniez parfaitement ; autant afficher directement la couleur.

Histoire-Géographie : Mlle Beu., célèbre pour ses postillons (premiers rangs, sortez vos parapluies). Plutôt souriante de nature, je l’appréciais même si son cours ne me passionnait pas comme celui de M. Ri. l’année précédente.

Biologie : Mme « Bite » (le surnom lui vient de son mari, qui sévit dans l’établissement, j’en parlerai plus loin). Je ne sais pas pourquoi la biologie m’intéressait déjà à l’époque, mais ce n’était pas spécialement dû à la prof. Pas qu’elle fût désagréable, mais elle ne transcendait pas non plus l’auditoire.

Musique : Je vais me permettre une petite familiarité, et l’appeler simplement Claudine. Claudine vivait chaque instant en musique. Elle pouvait se montrer sévère, mais la plupart du temps son enthousiasme était assez communicatif pour qu’elle n’ait pas trop à faire de discipline. En plus des cours, elle animait la chorale et donnait un cours de guitare pour ceux qui le souhaitaient. Bizarrement, l’idée de m’inscrire à la chorale ne m’est venue qu’à la fin de l’année, en allant voir le spectacle car mes copines faisaient toutes partie de la troupe. Je chantais à tue-tête sur mon vélo, mais l’idée de me joindre à un groupe m’était tout sauf naturelle. Mais en les voyant, c’était soudain évident : je voulais vivre ça « de l’intérieur ». Je me suis donc engagée l’année suivante, et encore après. Grâce à Claudine, j’ai appris à aimer Piaf et j’ai découvert Starmania (j’ai même joué la serveuse automate lors du spectacle de fin d’année). Claudine, c’est l’une des profs pour qui je regrette le plus d’avoir quitté l’école (on d’vrait pas vieillir, j’voul’dis).

Technologie : Mme Gou. : peu d’atelier et beaucoup d’informatique, ça me suffisait pour l’appréciait (bon c’était pas elle qui décidait du programme, mais on est bête à cet âge).

Arts plastiques : M. Fe., un type assez bonne pâte, qui réussit à maintenir un semblant d’ordre dans la classe alors que dans cette matière (comme en musique ou en sport), c’est souvent difficile. Bon il m’avait vexé en ne reconnaissant pas le bout de Mur de Berlin que j’avais redessiné comme symbole du XXème siècle, mais bon.

Sport : M. Gau. Je n’aimais toujours pas le sport, mais lui, je l’aimais bien. Les gamines comme moi qui venaient à reculons et s’essoufflaient avant le premier tour de piste, ça le faisait rire mais gentiment, je ne me sentais pas persécutée. Du coup, je n’arrivais plus à reculons, mais seulement en traînant les pieds.

4ème (on prend les mêmes et on recommence… ou presque) :

Ceux qui ne changent pas : Biologie, Musique, Maths, Allemand, Histoire-Géographie, Arts plastiques et Technologie.

Latin : Mme Jos. est du genre qui obtient le silence en fronçant à peine le sourcil. Son physique peu avantageux lui vaut une foule de surnoms pas franchement sympas (un collégien, c’est vache). Il est difficile de lui arracher un sourire, mais on s’aperçoit de temps en temps qu’elle est bien humaine ; par exemple quand un groupe de la classe obtient un prix à un concours régional de Latin et qu’elle nous accompagne à Bourges pour obtenir notre prix, l’ambiance est plus détendue.

Français : Mme Bas. nous a emmenés au cinéma une fois par trimestre, pour ensuite nous faire analyser les films vus : Le Ballon d’Or, La Rose Pourpre du Caire, et j’ai un doute sur le dernier (le Destin ?). Elle nous avait aussi fait étudier du Molière, et d’ailleurs un petit groupe de théâtre s’était monté dans la classe (que des filles !) ; c’est à cette occasion que j’ai appris « qu’on ne tourne jamais le dos au public ! » (zut, c’était pourtant le plus facile pour jouer sans stress).

Physique-Chimie : M. Tan., l’œil toujours souriant, l’air juste assez sévère pour garder le calme sans élever la voix (un petit tirage d’oreille aussi parfois ramène les trublions au calme). Le cours est illustré dès que possible par une petite expérience, ce qui donne beaucoup d’intérêt à la matière.

Sport : M. heu, comment déjà ? Jeune prof tout juste sorti de l’école, côté « jeune branleur » qui a beaucoup de succès auprès de la plupart des filles. Je trouve qu’il se la pète un peu, mais il nous fait tester le base-ball, et ça, c’est cool.

3ème (on continue, toujours avec plus ou moins les mêmes) :

Ceux qui ne changent pas : Biologie, Musique, Allemand, Histoire-Géographie, Arts Plastiques, Physique-Chimie, Français (Mme Bas.), Latin.

Maths : M. Bite. Son nom se prête au jeu de mot, et sa réputation d’obsédé sexuel n’est pas d’hier. Ma grande sœur (pas celle aux doigts brûlés, l’autre) et sa copine m’avaient prévenue en début d’année « Ne te mets pas en jupe si t’as cours de maths, ou tu es sûre de passer au tableau ! ». Sans déconner, ce type faisait froid dans le dos. Il nous regardait défiler devant lui quand nous entrions en classe, et nous donnait l’impression de nous jauger comme des bouts de viande sur l’étal du boucher. J’avais un peu de peine pour sa femme aux oreilles de qui cette réputation avait bien dû revenir.

Technologie : mince, encore un dont j’ai oublié le nom. Grand et mince, ni jeune ni vieux (du point de vue d’une gamine de 14 ans, donc aujourd’hui je dirais 35-40 ans), je le trouvais plutôt sympa mais comme la techno m’intéressait toujours aussi peu, forcément il ne m’a pas trop marquée (c’était pourtant notre prof principal).

Sport : une prof plutôt proche de la retraite, dont la rumeur disait qu’elle avait été mutée d’office dans notre trou paumé pour avoir giflé une élève dans sa précédente affectation. Bon c’est vrai qu’elle était assez sèche, mais à savoir si cette histoire avait un fond de vérité… je n’en ai aucune idée.

Prochain épisode, le lycée.

Correction du 22/04/2013 : je m’aperçois que j’ai soigneusement omis de mentionner mes profs d’anglais (ça alors). En 4ème, une assez vieille prof, qui avait un accent à peine meilleur que le mien, qui peinait beaucoup à nous motiver… en 3ème, une jeune prof très sympa mais ayant de l’autorité qui a essayé de nous faire rattraper ce qu’on aurait dû voir l’année précédente et de quand même aller au bout du programme ; le résultat était là pour une partie de l’effectif, chapeau !