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91

13 Mai

Samedi, j’ai assisté à l’enterrement de mon grand-père. Pas celui-ci, l’autre. Il a vécu 91 ans. Sans être indifférente, je ne ressens pas énormément de peine : nous nous voyions très peu, et comme il n’était pas causant (pour ne pas dire un vrai taiseux), je le connaissais finalement à peine. De plus, nous étions prévenus de l’imminence de son départ, suite à une mauvaise chute une dizaine de jours plus tôt.

Ma mère m’a donc appelée jeudi pour m’informer de son décès, et que la cérémonie aurait lieu samedi ; elle m’a laissé un message dans la soirée pour me confirmer l’heure.

Il était évident pour moi que j’irais là-bas ; moins évident de décider d’y aller seule ou avec mari et enfant. Comme ça représentait quand même 6 heures de route dans la journée, mes hommes sont finalement restés à la maison.

Mes sœurs n’ont pas pu venir  ; rendez-vous non annulables en dernière minute, sans parler du voyage à faire (je suis la plus proche géographiquement). Notre cousine non plus ; dur de revenir de l’étranger en étant prévenue la veille. Son frère était présent, en ayant laissé conjointe et enfants à la maison. Mes oncles et tantes étaient tous présents. Plus une foule de cousins plus ou moins éloignés, certains que je n’étais pas sûre d’avoir déjà vus de ma vie. Il y avait quelque chose de surréaliste à être parmi eux, à voir les larmes aux yeux de certaines personnes dont je ne connaissais absolument pas le lien qu’elles avaient avec mon grand-père.

Mais surtout, ce décès amène des interrogations, une réflexion sur ce pan de ma famille que je connais si peu. Honnêtement, je crois même que j’avais eu plus de chagrin au décès du frère de ma grand-mère et de sa femme, que pour celui de mon grand-père.

Quand j’étais enfant, la visite annuelle chez nos grands-parents avaient des allures de corvées ; d’une part, il n’y avait chez eux ni livres pour enfants ni jouets (mais heureusement beaucoup d’espace à l’extérieur), d’autre part je percevais une réticence chez mes parents, alors que les visites à la famille paternelle soulevaient l’enthousiasme général.

Ado/jeune adulte, je pensais que ma mère ne s’entendait pas avec la sienne, et que son père étant plutôt effacé, cela suffisait à ce qu’elle n’ait pas plus que ça envie de nous emmener chez eux. Mais j’ai réalisé avec surprise que ma mère et ma grand-mère se parlait au téléphone chaque semaine ! Est-ce venu sur le tard ? Est-ce simplement le fait qu’il leur est plus facile de s’aimer de loin ? Je ne sais pas. Je reste convaincue que l’incapacité de ma mère à montrer ses émotions vient de sa relation avec ses propres parents, mais je n’arrive pas à comprendre leurs liens. Et je crains trop de blesser ma mère pour l’interroger.

Au sein de la fratrie de ma mère, il y avait des relations assez inégales : l’aîné était à l’écart (notamment parce que sa femme n’était pas vraiment appréciée), le second et sa femme par contre s’entendaient à merveille avec mes parents, le dernier était à part car nettement plus jeune mais avec quand même une assez bonne entente. Si le premier est totalement absent de mes souvenirs d’enfance, j’ai des tas de souvenirs des autres, et ce qu’il en ressort particulièrement, c’est que j’adorais leurs visites. Il y a une bonne quinzaine d’années, le plus jeune a coupé les ponts avec les autres : plus de courriers, peu de réponses au téléphone, plus aucune visite. Je l’entendais beaucoup critiqué, et j’avais une mauvaise image de lui. Maintenant, je me demande s’il n’avait pas besoin de cette coupure pour construire sa propre vie ; être le préféré de sa mère était peut-être trop lourd à porter ? Un peu plus tard, le second s’est éloigné de ma mère et, pour autant qu’on sache, rapproché de son aîné. Pourquoi, comment… mystère. Ma mère en souffre silencieusement. À l’enterrement de ma grand-tante, il m’avait accueillie d’un « tiens ! t’es là toi ? » qui m’avait plongée dans une profonde perplexité : était-ce une simple formule maladroite ? ou voulait-il me signifier que je n’avais pas ma place là ?

Samedi, je les ai retrouvés, et ça a été… étrange. J’ai eu l’impression de revoir le jeune après 1 an et non 15 : des lunettes, moins de cheveux (et plus blancs), mais toujours le même sourire en m’accueillant à la maison, la même voix. Le second a eu une expression en me voyant que je crois pouvoir traduire comme un brin de réconfort. Voir les larmes dans leurs yeux pendant la cérémonie m’a bouleversée. J’ai réalisé que les différends qu’il peut y avoir (eu) entre mes parents et eux ne changent rien à tout ce qu’ils m’ont apporté quand j’étais enfant : ils sont ma famille, et je les aime, même si on ne se voit plus qu’aux enterrements. L’aîné reste un inconnu pour moi, et son fils juste un gars sympa mais avec qui je ne partage pas grand-chose hormis un bout d’arbre généalogique. Je regrette ces liens si distendus, je regrette surtout de ne pas comprendre pourquoi ils sont dans un tel état. Je regrette de pouvoir prédire avec une quasi-certitude que je ne les reverrai que lorsque ma grand-mère décèdera à son tour (et ensuite ?).

Je suis très proche de ma soeur aînée, et absolument pas de l’autre. J’espère que je saurai plus tard expliquer à mes enfants pourquoi je ne souhaite pas la fréquenter, afin qu’ils ne soient pas noyés par les non-dits…

Hécatombe

13 Mar

Ce matin, j’ai assisté à un enterrement. Une cousine que je connaissais peu, mais sa mère G. étant cousine germaine de la mienne, je voulais juste lui montrer que sa souffrance était partagée. Pour elle c’est la continuation d’une longue série.

Il y a eu, il y a déjà 8 ans, un oncle, le plus jeune frère de ma grand-mère, et un cousin. Ce cousin, je me souvenais qu’on l’avait charrié à la réunion familiale quelques mois plus tôt parce que l’année suivante, il passerait à la table des « plus de 50 ans ». Il n’y sera finalement pas.

En 2010, un autre cousin – le préféré de ma mère et frère aîné du précédent. Six mois plus tard, sa mère le suivait, puis encore un mois après son père – l’autre frère de ma grand-mère. Ils étaient les piliers de la famille ; ceux qui tous les ans réunissaient tout le monde chez eux. Le père et le fils étaient de doux géants, la mère une toute petite femme, tous adoraient les enfants et accueillaient avec le même sourire petits-neveux et petits-enfants.

2012, c’est la soeur de ma grand-mère, mère de G. et marraine de ma mère, qui nous quitte.

Ce week-end, c’est sa fille, 33 ans, qui s’est donné la mort.

Ce matin, j’ai donc pris ma voiture pour assister aux obsèques. Mes parents et grands-parents étaient là avant moi, ce qui m’a évitée de me retrouver dans une foule d’inconnue (faut avouer, la famille de ma mère, je la voyais une journée par an pendant mon enfance… et encore, ceux qui venaient à la réunion de famille chez mon grand-oncle ; du coup, y’en a pas plus d’une dizaine que je reconnaîtrais dans la rue…).

Les fleurs sont arrivées, puis le cercueil a été mis en place, et un portrait. Elle avait un si joli sourire, ça fait drôle de penser qu’elle était si mal dans sa peau, au point d’en finir. Sa mère a rapetissé, son père a vieilli de 10 ans depuis la dernière fois que je les ai vus… il y a quelques mois, chez ma grand-mère.

Les lectures et chants commencent, je fais attention aux gestes des gens qui m’entourent – quand faut-il se lever, se signer, dire « amen »… je n’ai pas appris ça, mes parents n’étant pas croyants, alors j’observe. Je chante, pas trop fort, les refrains dès que je les ai mémorisés.

Je n’avais assisté qu’à deux des précédents enterrements, et ce matin j’ai ressenti plus fortement ce que la religion peut avoir de beau dans de tels moments. Je ne crois pas au Dieu de la Bible, mais je crois au message d’amour porté par la plupart des religions. Et si quelques cantiques apportent un tout petit réconfort à des gens qui souffrent, je ne vais pas cracher dessus.

Adieu, cousine.

Miracle

4 Nov

Il y a environ un an, j’allais rendre visite à mes grands-parents, pensant que ce serait peut-être la dernière fois que j’embrasserais mon grand-père : hospitalisé depuis plusieurs mois suite à un AVC, il n’arrivait quasiment plus à parler (une bouillie de mots dans laquelle on devinait parfois à quoi il pensait), avait des hallucinations, avait énormément maigri ; il était attaché à son lit car sinon il essayait de se lever seul et tombait… J’étais enceinte et me forçais à ne pas trop espérer qu’il voie mon fils.

Ce week-end, j’étais à nouveau chez ma grand-mère, et nous lui avons rendu visite deux fois. Il a soulevé mon fils pour le mettre sur ses genoux (le zozio pèse déjà plus de 9kg), s’est gentiment moqué en le voyant lorgner les gâteaux sur la table (« t’as bien fait de venir, on voit que ta mère ne te nourrit pas »). Il est allé seul de sa chambre à la salle commune (seul avec un déambulateur, mais quand même). L’équipe médicale n’en revient pas. Tous pensaient qu’à 81 ans, il ne pourrait aller que sur la pente descendante ; les dégâts à son cerveau étaient irréversibles. Et pourtant…

Je sais qu’avant que mon fils soit « grand » et puisse profiter vraiment de sa compagnie, il nous quittera probablement. Mais pour l’instant ce qui compte, c’est son visage rayonnant de bonheur quand l’un ou l’autre de ses arrière-petits-enfants est sur ses genoux.

Je n’ai pas été élevée dans la religion, mais parfois, j’ai bien envie de croire aux miracles. J’en profite tant que ça dure.