Retour en 2002

24 Avr

J’avais à peine 20 ans. Ma conscience politique frôlait le néant, se résumant en gros à « de toute façon ils sont tous pourris », et je pensais que le second tour Jospin-Chirac était joué d’avance. Sans vraiment lire les différents programmes, j’avais choisi de voter pour les Verts, parce que des gens qui défendent l’écologie, ça doit être des gens bien. Notez le haut niveau de réflexion.

Quand les résultats sont tombés, j’étais choquée – comme tout le monde autour de moi. Je n’avais pas prévu de voter au second tour, j’ai fait en catastrophe une procuration à ma mère (oui, je votais dans le village de mes parents, mais j’étudiais à Paris et je ne rentrais qu’aux vacances). De toute mon âme, je pensais devant le péril FN « je ne laisserai pas faire ça ». Pour moi le FN se résumait par un seul mot : racisme, et je refusais de croire qu’autant de mes concitoyens aient pu voter pour ça. Alors c’était important pour moi de voter Chirac au second tour, et j’étais heureuse de ses 80% finaux, rassurée de penser que 80% des voix exprimées s’élevaient contre l’extrême-droite.

Cette année, j’ai mis longtemps à décider pour qui voter. Ma première inclination allait à Mélenchon, qui a pris plusieurs fois position pour l’environnement, incluant le fait de diminuer la consommation de produits animaux. J’ai attendu avec curiosité le résultat des primaires verte et gauche, qui m’ont laissée dubitative. Yannick Jadot ? Je n’avais jamais entendu son nom auparavant, quel espoir qu’il rallie des voix hors de son parti ? Il m’a simplifié le choix en se retirant de lui-même pour suivre… Benoît Hamon ? Passée la satisfaction de voir Valls éjecté, je n’arrivais pas à imaginer voter PS cette fois-ci.

Puis il y a eu le fameux débat à 11, et j’ai eu envie de voter Poutou. En me disant qu’il n’avait aucune chance, mais que s’il arrivait à être remboursé des frais de campagne, ce serait sympa, parce qu’au fond, j’aimerais vraiment qu’on soit représenté par des types comme lui, qui connaissent les difficultés des gens « normaux », parce qu’ils sont « des gens normaux ».

J’ai reçu l’enveloppe électorale. J’ai parcouru l’ensemble des fiches, plus ou moins rapidement. Et j’ai compris pourquoi je ne me voyais pas voter Hamon : son programme est très joli (notamment le revenu universel qui est vraiment un truc que j’aimerais voir appliquer avant ma mort), mais je n’y crois pas ; je veux dire, je ne pense pas qu’il l’ait écrit en voulant réellement le faire, mais plutôt qu’il l’a calibré pour plaire à gauche. Me restait donc à trancher entre Philippe et Jean-Luc. Et là, je dois dire que plusieurs choses m’ont influencée : voir sur FB des personnes très importantes pour moi soutenir Mélenchon, mais aussi les sondages qui le voyaient possiblement franchir le premier tour. Le souvenir de 2002 l’a emporté, j’ai voté JLM en me disant que peut-être, j’aurais au second tour un candidat dont les idées me plaisent en majorité, et que dans le cas contraire je n’aurais pas cette satanée culpabilité d’avoir fait trébucher le candidat de la gauche qui pouvait passer.

Et voilà, les scores me donnent raison en un sens : à presque 20% contre 6,5%, c’était bien JLM et non Hamon le « vote utile » de cette élection. J’évite de trop penser ce que ça aurait donné s’ils s’étaient alliés – ils sont trop différents.

Mais voilà, la gauche s’est fait sortir. Le seul plaisir de ce premier tour sera l’éviction de Fillon, et encore, plaisir terne : il emporte tout de même 20% des voix (dans ma commune sarthoise, il est même à 30%, et il a fait 60% à Solesmes – le bled où il a son petit château). Moi qui pensais naïvement que « évidemment que Fillon va être éliminé », je constate que ce n’était pas si évident que ça.

1 électeur sur 5 a pensé qu’un type qui pique de l’argent dans les caisses depuis plus de 30 ans est un bon candidat à l’Elysée. Personnellement je préfère le voir dans le bureau du juge, m’enfin…

Nous voilà donc avec un duel Macron-Le Pen. Et hop ! retour en 2002, c’est à qui hurlera le plus fort « il faut faire barrage au Front National ! ». Comme si tous n’avaient pas espéré voir au second tour leur candidat face à Marine, avec la certitude de s’offrir alors une victoire facile.

En 2002, j’ai voté Chirac avec joie, en pensant glisser dans l’urne un message de paix, un message rassurant pour mes compatriotes racisés notamment.

En 2017, je ne voterai pas pour Macron. Je ne voterai pas pour Marine non plus hein, elle pourrait promettre un revenu universel et de mettre fin à l’élevage en France qu’elle resterait quand même pour moi la candidate du racisme. Mais Macron, c’est non, juste non. Je ne sais pas encore si j’irai voter blanc/nul (mettre un bulletin JLM, ou un bulletin François avec la mention « rends l’argent » ?), ou si je resterai simplement à la maison. Je suis écœurée.

Je commence à penser aux législatives. Y aura-t-il des candidats « Insoumis » dans ma circonscription ? Je l’espère. Si j’osais, je me présenterais avec cette étiquette – mais je n’ai pas le tempérament à faire de la politique, et c’est de toute façon moyennement compatible avec ma vie familiale actuellement.

La révolution par les armes n’est pas pour moi, la révolution par les urnes a échoué. L’avenir me semble bien lugubre aujourd’hui.

Pour des relations entre frères et sœurs harmonieuses…

10 Avr

Source : Pour des relations entre frères et sœurs harmonieuses…

Voilà de quoi me faire cogiter un bon moment !

Chers patients, on est désolés

30 Mar

Sur les déserts médicaux (mais pas que) : Chers patients, on est désolés