Sous influence

24 Mar

Cet article de Salwa fait écho à quelques souvenirs qui me sont revenus récemment.

La société nous influence, nous montre ce qui est bien ou mal, des « idéaux » à atteindre… et on fait des efforts pour se fondre dans la masse ou au contraire, pour refuser le moule. Je me souviens de deux occasions où je me suis volontairement effacée pour correspondre à ce que je croyais qu’on attendait de moi. Je suppose qu’en plein d’occasions, je l’ai fait moins consciemment.

La première fois, je devais avoir environ 6 ans, j’étais tombée sur une K7 d’un astrologue, faisant des portraits de chaque signe (je me demande bien ce que cette cassette faisait chez nous, mes parents étant plutôt du genre cartésiens). À propos du mien, il disait notamment « les Scorpions sont infatigables (…) ». Allez savoir pourquoi, cette phrase m’avait marquée parmi l’ensemble (peut-être la seule que j’avais vaguement comprise ?). J’avais perçu ça comme quelque chose de très positif, mais j’avais pris l’expression au premier degré : être fatigué, c’était donc quelque chose de pas terrible, une sorte de faiblesse inavouable, et donc pendant un certain temps, je me rappelle avoir obstinément répondu « non » à la question (voire à l’affirmation) « tu es fatiguée ? ». Bon heureusement, ma mère avait des yeux pour voir et ne s’arrêtait pas à mes dénégations quand mes yeux tombaient au milieu de ma figure, démentant mes paroles. Elle a parfois dû se demander pourquoi je niais à ce point l’évidence. Je ne me souviens pas à quel moment cette phase m’est passée – peut-être en me rendant compte que j’étais comme tout le monde obligée de dormir de temps en temps.

Le second épisode s’est produit quand j’avais environ 10 ans. Ma grand-mère m’emmène, ainsi que la flopée de cousin(e)s présent(e)s, au salon du livre maritime : lecture et monde marin, tout pour faire mon bonheur, et effectivement je dégote un roman jeunesse qui s’annonce passionnant : le Récif de la Cloche. Une chasse au trésor, super ! Sauf qu’au moment pour ma grand-mère de régler l’achat, l’homme qui encaisse fait ce commentaire : « Ah, encore une petite fille qui aime les dauphins ! », sourire entendu en prime. Je suis perplexe : bien sûr un dauphin c’est mignon, mais ce qui m’intéresse, c’est l’histoire du trésor ! On me ferait la même avec un hippocampe ou un crabe, ça me serait bien égal. Sauf que, ma timidité étant très forte, je me contente d’un vague sourire, qui passe pour une confirmation. Sur le chemin du retour, ma grand-mère me dit distraitement « ah mais je savais pas que tu aimais les dauphins ! » (normal en fait, ça vient de sortir), et je n’ose rien dire (je ne peux pas dire que c’est faux… c’est juste vrai comme de n’importe quel animal mignon). À ce moment-là, il y a un gouffre entre mes sentiments et ma capacité à les comprendre et les exprimer : il est beaucoup plus simple d’acquiescer que de me lancer dans de grandes explications qui risquent d’être mal comprises par les adultes (ce qui devrait être l’objet d’un prochain billet). Par la suite, là encore, j’ai voulu me conformer à l’idée qu’on se faisait de moi : j’étais devenue « une petite qui aimait les dauphins », donc j’ai cherché des livres sur les dauphins, collectionné les dauphins en puzzle, canevas, pendentifs, jouets et autres peluches… jusqu’à être réellement ravie quand on m’offrait un nouvel exemplaire (j’ai même passé pas mal de temps au rayon peluches de mon magasin préféré à lorgner un dauphin, que mes parents m’ont finalement offert à mon anniversaire ou Noël). J’ai continué à grandir, puis le monde a trouvé normal que je délaisse cette passion de « petite fille », et je suis redevenue moi-même : une fille qui aimait les dauphins comme les chiens ou les chats.

A vrai dire, je ne suis plus sûre que ce soit ma grand-mère qui m’ait accompagnée ce jour-là : ce pourrait aussi bien être une de mes tantes. Je suis certaine par contre que ce n’était pas mon grand-père, car lui n’aurait probablement pas relevé l’affirmation du cliché « les petites filles aiment les dauphins », et je ne me serais pas ensuite sentie « piégée » dans cette image, qui serait restée une phrase en l’air d’un employé du salon, vite oubliée. Comme quoi, la propagation des stéréotypes tient à peu de choses…

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