Un goût amer [TW violences]

Un gros mois que j’ai déménagé ; déjà deux consultations au CMP du coin.

Je me rends compte que je passe encore un temps fou à parler de lui, lui, lui.

Alors évidemment, si on n’avait pas d’enfants j’aurais pu claquer la porte et le rayer de ma vie ; mais nous sommes liés à vie justement, je ne peux pas juste me désintéresser de son sort puisque de son état dépendra l’emploi du temps de mes enfants, leur bien-être…

Je passe encore beaucoup de temps à énumérer ce que je gère encore pour lui.

Je passe beaucoup de temps à citer ses progrès récents (bientôt un mois sans alcool, il a vu l’assistante sociale tout seul, il met de l’ordre dans la maison…).

Et puis il est calme. On s’échange les informations pratiques sur les sujets qui nous concernent encore tous les deux (les enfants et la maison essentiellement donc, mais aussi la banque ou la procédure de divorce), de façon très rationnelle et polie. À tel point que parfois, on plaisante presque comme aux débuts de notre relation. D’ailleurs à ce propos, l’infirmière du CMP m’a demandé si du coup, ça me donnait envie de revenir.

C’est non, sans aucune hésitation. Il n’y a plus de « nous » depuis longtemps ; je crois que j’en ai pris conscience à ce moment où je me suis demandé si tel collègue sympa ne serait pas par hasard célibataire – et qui a à peu près coïncidé avec celui où mon corps a refusé de donner du sexe. Il n’y a plus rien à sauver, et pourtant ça fait mal de connaître des conversations normales aujourd’hui est-ce que si… on aurait pu ne pas en arriver là ?

C’est non, parce que rien ne peut effacer la violence des années passées. Cette sensation de vivre avec deux personnes, l’une qui m’adule et l’autre qui me méprise voire me hait. Je voulais tellement croire que le « vrai » lui était celui qui m’abreuvait de mots d’amour, et qu’un miracle finirait par faire disparaître l’autre… J’ai fini par réaliser qu’aucun des deux ne me respectait. Même le tendre lui me créait des complexes (« tu devrais t’épiler », « fais attention à ce que tu manges, tu sais que les femmes de ta famille ont tendance à grossir », « cette tenue ne te va pas, tu devrais… », etc, etc, mais toutes ces remarques étaient « pour que tu te sentes mieux » (lol)). L’alcool lui apportait l’oubli. Pratique. Moi je n’oublie rien. Les fois où il s’est réjoui de la mort de mon grand-père. Les fois où il a insulté ma mère, ma sœur. Les fois où il m’a dit qu’il aimerait me voir crever. « Ah si j’avais un flingue là, j’aurais plaisir à te coller une balle dans la tête ».

J’ai appris des choses ces dernières années : demander de l’aide, écouter mes envies. J’ai toujours envie qu’un homme m’accompagne, avoir quelqu’un qui me soutienne quand ça va mal. Mais ce ne sera plus jamais lui – si tant est qu’il ait jamais été un soutien, d’ailleurs. J’ai envie d’être accompagnée, mais je ne me mettrai plus entre parenthèses pour un homme qui n’en fera pas autant pour moi.

4 réflexions sur “Un goût amer [TW violences]

  1. 😦 J’espère sincèrement que cette séparation se passera au mieux et que tu pourras repartir sur de bonnes bases avec quelqu’un d’autre.
    Un homme ne devrait jamais prononcer de telles paroles. Le mien est une perle quand je lis ce genre de propos.

    • Merci. Je suis déjà rassurée de voir qu’avec son traitement actuel, il n’a plus d’emportements ; à une époque j’imaginais qu’il cherche à se « venger » quand je serais partie, maintenant je ne pense pas qu’il fera ce genre de chose.

  2. Salut je découvre ta situation (je ne suis plus vraiment sur la blogosphère depuis au moins un an)…
    déjà je suis bien sûr désolée de la violence que tu as subie. Je suis contente que tu sois en train de repartir du bon pied. Reste prudente par rapport à lui, ne te mets pas en situation de « vulnérabilité » (ne reste pas seule avec lui, ne lui confie rien d’important etc.). On croit toujours que la personne ne ferait jamais un acte violent… jusqu’à ce qu’elle en commette un (je parle d’expérience).
    Gros bisous courage à toi et tes enfants !!

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