Perturbée [TW : grossesse, deuil périnatal]

Le calendrier a parfois de curieux hasards.

Mercredi, c’était l’anniversaire de Tizozio. J’ai à peu près évité de repenser aux jours qui ont précédé sa naissance, et me suis concentrée sur le bonheur qu’il est aujourd’hui, ses sourires, sa joie de vivre (ses colères magistrales aussi, ben oui, « deuzans »).

Jeudi, j’envoyais un mail maladroit à C. pour lui souhaiter, pas vraiment un « joyeux » Noël, 4 mois après la perte de son Alice, mais de bons moments tout de même avec ses aînés. Cela faisait plusieurs jours que j’essayais d’imaginer ce que pourrait être ce Noël entre rire et larmes, et que je tentais de trouver une formulation satisfaisante pour lui exprimer un peu de soutien. Je n’ai pas l’impression d’avoir réussi.

Vendredi, j’apprenais que S. allait bientôt être père. À l’époque où on était un peu plus qu’amis, il ne voulait absolument pas d’enfants, et je n’aurais jamais cru qu’il changerait d’avis. Depuis il m’est arrivé d’imaginer apprendre une telle nouvelle (je voyais ça comme de la science-fiction^^), et je m’imaginais me sentir un peu trahie, entendant résonner les paroles de ma tante « Il dit qu’il veut pas d’enfants parce qu’il n’a pas encore la bonne compagne, mais ça changera ». Finalement, ma réaction a été un mélange abasourdissement et joie : j’ai relu trois fois le message, me suis demandé s’il blaguait et parlait d’adopter un chien, puis une part de mon esprit s’est mise à sautiller en mode « ouaaaaaaaaaaaaais un bébé » – à peu près comme quand ma sœur et mes meilleures amies m’avaient annoncé leurs grossesses respectives au cours des 15 dernières années quoi.

Cette annonce m’a tout de même bizarrement remuée. Parce que comme toute annonce de grossesse, elle a généré un réflexe « quelle expérience partager à une future maman pour faciliter ses débuts ? », et du coup j’ai replongé dans mes souvenirs d’accouchements, d’allaitement (mais j’ai été forte, je n’ai pas tout déballé, parce que bon, je connais pas sa femme, et c’est pas lui qui va accoucher ni allaiter ^^). En même temps, j’ai la satisfaction de ressentir une vraie joie à cette annonce, ce qui signifie que, sans que je m’en sois vraiment rendu compte, notre relation amicale un temps bancale a repris sa bonne place dans ma tête (vous me direz, après presque 10 ans c’est mieux !). Et après, mon côté superstitieux s’est demandé « et s’il lui arrivait un drame ? » ; statistiquement, à moins de travailler dans une maternité, quelle est la probabilité de connaître plusieurs couples confrontés à une grossesse qui se termine mal dans le dernier mois ? En vrai, je sais que le drame de C. n’immunise pas les autres gens que j’aime. Et du coup, une angoisse est née qui ne me lâchera que quand je lirai l’annonce d’une naissance bien déroulée. Je me demande aussi quel prénom portera sa fille : et s’ils avaient choisi Alice ? Cette petite fille finirait-elle par effacer dans ma mémoire l’ange de C. ? Ou au contraire m’y ferait-elle toujours penser ? J’ai failli lui demander si le prénom était déjà choisi, et puis je me suis dit que 1) beaucoup de gens préfèrent garder cette annonce pour après la naissance 2) normalement il me reste à peine trois semaines avant de le découvrir.

 

Parfois, le calendrier a de curieux hasards.

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