Quand la musique fait mal (mais fait du bien quand même)

11 Déc

Si j’ai parlé d’orgasme musical dans mon précédent billet, ce n’est pas seulement pour attirer des requêtes foireuses. La musique est aussi vitale pour moi que l’air que je respire – et ce qui est formidable, c’est que rien ne peut m’en priver. Pourtant, notre relation est ambiguë : bien souvent, j’ai ressenti le besoin de chanter une chanson, celle-là et pas une autre, pour me mettre à pleurer au bout de deux phrases.

Ce phénomène a été étudié : un récent article de Rue89 en parle (l’étude est , mais en anglais).

En gros, quand on est déprimé, on va écouter de la musique triste, avec deux effets possibles :
  • c’est tellement beau qu’on en oublie qu’on est triste
  • ça nous rappelle plein de souvenirs et nous fait déverser des larmes et des larmes.

Il y a quelques années, quand j’écoutais certaines chansons à plein volume, de préférence au casque pour encore mieux me couper du monde, j’appelais ça « me faire une dose de [artiste préféré du moment] en intraveineuse ». L’intensité du son me donnait la sensation d’une vague parcourant mon corps et qui en ressortant emportait toutes les émotions négatives ; le monde cessait d’exister pour ne laisser que la musique…

Dans certaines chansons, c’est le son en lui-même qui agit : la puissance d’une voix, des percussions qui évoquent un cœur qui bat, une flûte andine qui me transporte à des milliers de kilomètres et à des siècles d’ici…

Dans d’autres, c’est le texte qui compte. Quelle que soit mon humeur du moment, il y a toujours un(e) auteur(e) qui a mis des mots dessus, hier ou il y a cent ans. J’ai toujours trouvé ça apaisant de sentir que d’autres avant moi avaient ressenti ma douleur, ma nostalgie ou mon mal-être. Parfois (toujours ?), il ne s’agit que d’un bout de phrase par lequel l’auteur évoque tout autre chose, mais qui s’applique cependant parfaitement à mes pensées. L’exemple le plus flagrant pour moi est dans Des bouts de moi de Jean-Jacques Goldman :

J’ai laissé des bouts de moi au creux de chaque endroit
Un peu de chair à chaque empreinte de mes pas
Des visages et des voix qui ne me quittent pas
Autant de coups au cœur, et qui tuent chaque fois

Dans cette chanson, il évoque ses concerts, le lien qui s’établit avec le public – tous ces gens qu’il ne fera qu’entrevoir dans une masse, peut-être une seule fois. Pourtant, qu’est-ce que ça colle aux déménagements de mon enfance ! À tous ces lieux et ces visages perdus !

Plus tard, j’ai découvert Shakira avec ¿Dónde están los ladrones? après mon premier chagrin d’amour… la moitié des chansons de l’album évoquent une rupture douloureuse, certaines en mode « je ferais tout et n’importe quoi pour que tu reviennes », d’autres en mode « si tu réapparais un jour dans mon champ de vision, tu paieras très cher le mal que tu m’as fait » ; j’alternais un peu entre les deux, et je tirais beaucoup de réconfort de ces titres.

 Le bonheur se chante aussi

Je me souviens d’une camarade de collège qui, m’ayant entendu chanter, avait fait ce commentaire : « Tiens, Moineau est bien guillerette aujourd’hui, à chanter à tue-tête. » Ces mots m’avaient presque choquée : comment pouvait-elle ne pas voir à quel point je me sentais mal ? Apparemment pour elle, seule la joie pouvait donner envie de chanter, chose qui me semblait incompréhensible. Certes, je chante aussi quand je suis gaie (oui en fait, je chante tout le temps)… mais ce sont deux expériences très différentes de chanter par plaisir quand on est heureux, ou par besoin quand on est malheureux. Je la plaignais presque de ne pas connaître ces deux aspects.

Si j’aime la musique triste, c’est aussi parce que parfois, il faut toucher le fond pour pouvoir donner l’impulsion qui nous ramènera à la surface. La musique m’a permis parfois de m’abîmer dans mes émotions, d’accélérer la plongée pour qu’ensuite la remontée arrive plus vite…

Et vous, la musique, elle vous fait quel effet ?

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12 Réponses to “Quand la musique fait mal (mais fait du bien quand même)”

  1. Flippette 11 décembre 2014 à 14 h 29 min #

    Pour ma part ca va être du basic, lorsque je suis triste j’aime écouter des trucs tristes je crois que ca s’y prête mieux, on est dans l’ambiance quoi. sinon lorsque j’ai besoin de chanter comme une tarée je mets des trucs un peu plus fun.. Je suis comme toi la musique fait partie de ma vie et je ne pourrais pas m’en passer.
    Pour te dire j’achète un CD quasi tous les mois. En ce moment la chanson qui me fait systématiquement chialer c’est « le Portrait » de Calogéro et celle qui chasse mes idées noires c’est « Mon petit pays » des Fréro de la Vega. Sinon l’incontournable Barry With avec son « You’re The First, The Last, My Everything » qui me met de bonne humeur direct… https://www.youtube.com/watch?v=g1-9vw8cUi8

  2. pmavie 11 décembre 2014 à 14 h 37 min #

    J’aime beaucoup ton article et je suis comme toi, j’aime écouter de la musique triste quand je suis triste. Et effectivement, ça me permet de me sentir submergée par les émotions, au fond du trou puis après, on remonte plus vite à la surface.
    Par contre, j’ai suivie le lien que tu as mis, je tombe sur un article de rue89 concernant l’hameçonnage par email !?!

    Des bisous

    • Moineau 11 décembre 2014 à 14 h 39 min #

      Oui la page est mal foutue, à la base l’article est sur les études en général et comment les journalistes leur donnent des titres pompeux ; du coup pour accéder à l’article sur la musique, dans l’encadré du haut il faut cliquer sur les flèches de navigation pour passer à l’étude suivante, et ensuite cliquer sur une des options (vrai/faux/compliqué) pour afficher l’article.

      • pmavie 11 décembre 2014 à 14 h 52 min #

        Ah zut, j’avais pas pensé bidouiller dans la page ! 🙂 Merci pour la marche à suivre !

        (d’ailleurs, au delà de ce que raconte l’article sur la musique, j’ai découvert que la prolactine est une hormone qui console ! Et du coup, j’ai repensé à cette fiv où pour éviter l’hyperstim – qui s’est quand même déclenché – j’ai eu un médoc qui a pour action de faire baisser la prolactine. Du coup, quand j’ai appris que c’était négatif, je n’avais pas cette fameuse hormone pour me consoler. Ca explique peut être la détresse dans laquelle je me sent(ais).
        Désolée d’avoir pourri mon com’ par une si longue histoire perso !)

      • Moineau 11 décembre 2014 à 15 h 09 min #

        Meuh non tu pourris rien du tout, et qui sait lire ces mots servira peut-être à quelqu’un un jour 🙂

      • pmavie 11 décembre 2014 à 15 h 11 min #

        Merci ! Je ne sais pas si ça peut servir à quelqu’un mais effectivement on peut l’imaginer ! 🙂

  3. icsipari 11 décembre 2014 à 15 h 59 min #

    Je suis une droguée de musique ! Cela commence sous la douche, cela se poursuit dans les transports et évidemment il y a de la musique chez nous quasi en permanence le soir ou le week-end. Je peux passer du classique au jazz, puis aux chanteurs pour midinettes pour finir en mode « musique du monde ». Deez*r a changé ma vie. J’écoute encore plus d’artistes que je découvre, et quand cela me plait, j’achète l’album. Bref, impossible de vivre sans musique. Quand c’est silence chez nous, c’est mauvais signe sur mon moral.
    J’ai hâte de partager l’amour de la musique avec un enfant (le pauvre, c’est peut être pour ça qu’il ne vient pas, trop de boucan là-dedans !!!)

    • Moineau 12 décembre 2014 à 8 h 12 min #

      Ah oui, Deez*r, c’est top pour les music-addict, on y trouve (presque) tout !

  4. Choco_not - la cigogne est une garce 11 décembre 2014 à 18 h 48 min #

    La musique fait partie de ma vie aussi.
    L’autre jour on a eu une discussion bizarre avec ma sœur, elle me disait qu’une de ses plus grande crainte était de perdre la vue parce qu’elle ne pourrai plus lire (bon même s’il existe le braille et les livres à écouter, ça ne donne pas autant de choix), je lui ai répondu que pour moi ce serai de devenir sourde parce que je ne pourrai plus écouter de musique.
    Comme toi je m’attache souvent à des petits bouts de chanson, que je sors de leur contexte mais qui m’évoquent quelque chose. Une musique peut aussi être le souvenir d’un moment particulier de ma vie « j’écoutais ça le jour où… » .
    Pour moi le texte est bien plus important que la musique d’ailleurs, j’ai une très grande préférence pour les chanteurs francophones. J’aime moins l’anglais, je ne comprends pas, je ne peux pas chanter…

    • Moineau 12 décembre 2014 à 8 h 17 min #

      C’est marrant le truc de « entre devenir aveugle ou sourd(e), quel est le pire ? », je me le posais aussi parfois… en un sens, j’ai déjà un gros catalogue de musique en tête, ce qui pourrait rendre la surdité plus supportable, mais l’idée de ne plus découvrir les nouveautés de mes artistes préférés est juste horrible….
      J’aime mieux comprendre les textes en général, mais ce n’est pas un frein pour chanter (j’ai appris des chansons en russe et en turc par exemple). Par contre je tiens absolument à obtenir le texte initial (ou une transcription phonétique), je ne supporte pas de chanter « en yaourt », je trouve que ça manque de respect envers l’œuvre.

  5. Peuvent-ils souffrir ? 11 décembre 2014 à 23 h 26 min #

    Et bien je me reconnais dans ce que tu écris.
    La musique peut exprimer tellement de choses et de sentiments.
    En cas de déprime, c’est ce qui me calmera le mieux, sans aucun doute.
    Je pense en particulier à certains titres dont l’ambiance est bien triste, vibrante… que tu as l’impression que ton coeur se brise et que tu as pleuré toutes les larmes de ton corps à la fin. Très cathartique.
    On peut faire sortir la douleur par la musique.

  6. crevettedemars 14 décembre 2014 à 14 h 29 min #

    Je me retrouve beaucoup dans ton article ! moi non plus je ne peux pas me passer de musique… En ce qui concerne la tristesse j’ai 2 réactions possibles soit je décide de mettre une musique joyeuse pour me booster soit je mets une musique triste pour aller au fond …. parfois je combine les 2 : je vais au fond puis je remonte ! 😉

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