Chansonnette

24 Sep

Récemment, Zozio s’est mis à répéter assez distinctement le « mékilékon » fréquemment lancé par M. Moineau (oui je cafte – c’est mon blog, je fais ce que je veux) à propos des chats toujours dans ses jambes. Cherchant à le détourner de cette manie, j’ai fait semblant de ne pas comprendre : « tu as vu des coquelicots dans le jardin ? » /fourbe. De là, je lui ai chantonné machinalement « Gentil coquelicot Mesdames, gentil coquelicot ». Un soir qu’il squattait mon lit, j’ai eu l’idée bête de chercher cette chansonnette sur yout*** pour lui faire entendre (vu que j’avais complètement oublié les paroles). Comme je le disais hier sur Twitter, mal m’en a pris ! La chanson lui a malheureusement beaucoup plu, alors que j’ai été horrifiée par les clichés véhiculés par le texte :

J’ai descendu dans mon jardin (bis)
Pour y cueillir du romarin
Gentil coquelicot, Mesdames
Gentil coquelicot nouveau
J’n’en avais pas cueilli trois brins (bis)
Qu’un rossignol vint sur ma main
Gentil coquelicot, Mesdames
Gentil coquelicot
Il me dit trois mots en latin (bis)
Que les hommes ne valent rien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot
Que les hommes ne valent rien (bis)
Et les garçons encore bien moins
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot
Des dames, il ne me dit rien (bis)
Mais des d’moiselles beaucoup de bien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot

À la première écoute, j’ai d’abord pensé que le terme « les hommes » désignait en fait « les humains », et que la suite allait parler des bêtises que peut faire l’Humain envers la nature… ah bah non.

D’après ce site, la chanson remonterait au XIIème siècle, et comporte un message à l’attention des jeunes filles : vous êtes pleines de qualités, les femmes le sont déjà moins (le rossignol ne daigne pas en parler), les hommes de tous âges sont des dangers, mais les plus jeunes sont les pires. Comprenez :

  • les hommes ont plein de défauts, mais c’est dans leur nature d’homme, hein, alors allez pas les faire ch*** avec ça.
  • les garçons sont pires (parce qu’ils n’ont pas atteint l’âge de la sagesse pour tempérer leurs virils défauts ?)
  • les femmes… euh ben elles ne méritent pas qu’on en parle. La femme, c’est bien pratique, mais quand même, c’est sale.
  • les petites filles par contre méritent des louanges… ben oui, elles sont dociles, souriantes, ne font pas de bruit, et elles ne sont pas encore perverties (contrairement aux adultes, ces dévergondées).
Bon, OK, au Moyen-Âge, on va dire que c’était dans l’air du temps.

Et encore, je n’ai relevé que le plus apparent : le site mentionné plus haut pousse plus loin l’analyse (le coquelicot, de par sa couleur rouge, symboliserait l’arrivée des règles ; je ne cite pas tout, je vous laisse aller le lire). Mais en bref, derrière une apparente flatterie envers les jeunes filles, on leur colle un grand coup de patriarcat en pleine poire.

Mais bordel, comment est-il possible qu’on chante encore de tels mots à nos enfants aujourd’hui ????

J’aimerais me souvenir du moment où j’ai appris cette chanson (maternelle ou CP), et surtout de l’explication qu’a pu nous en donner l’adulte qui nous l’a transmise (s’il y a eu explication !). Sérieusement, quand on enseigne à des touts-petits, comment peut-on ne pas être choqué(e) de leur chanter que « les garçons » valent « moins que rien » ?!? Mettons qu’il y a 30 ans, on ne se posait pas encore assez de questions sur les représentations de genre etc… mais il y a 30 ans, on ne faisait pas non plus de mignonnes videos pour enfants à poster sur Yout***… donc encore actuellement, des gens trouvent normal de chanter cette chanson à des enfants. Suffisamment normal pour l’enregistrer et faire un joli dessin animé pour l’accompagner (c’est-à-dire qu’en ayant connaissance du texte, ils choisissent d’apprendre ça à leurs gamins, et à ceux des autres tant qu’à faire).

J’espère que Zozio va vite se lasser de cette chanson. Il apprécie aussi « quand trois poules s’en vont aux champs », et l’histoire des trois petits cochons (sur cette dernière, y’a encore des choses à dire, mais je peux déjà lui expliquer que le loup de cette histoire est méchant, pas les loups en général). Quand j’ai vraiment de la chance, il veut bien écouter Smells like teen spirit ou Waka waka. J’essaie de proposer d’autres chansons régulièrement, dans l’espoir qu’il finisse par abandonner les coquelicots ; pour ce qui est des chansons « pour enfants », une chose est sûre, je ne lancerai plus une video sans avoir vérifié le texte ! Je n’ai pas hâte qu’il aille à l’école et qu’il risque d’apprendre d’autres conneries de ce genre…

 

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6 Réponses to “Chansonnette”

  1. Karine 26 septembre 2014 à 15 h 50 min #

    J’ai lu il y a un bout de temps une discussion sur ces comptines qui paraissent à certains si choquantes aujourd’hui (mais je ne me souvient plus où!!)
    A mon avis, le problème vient du fait qu’on tente d’analyser un texte datant du XVII (voire avant !!) avec notre langage actuel. Or, les mots ont évolué, les moeurs ont évolué… Du coup on en arrive (à mon sens) à « comparer ce qui n’est pas comparable…
    En outre, supprimer/interdire toutes ces chansons, c’est faire mourir une partie de notre patrimoine culturel… (parce que si tu regardes bien, je dirais que les 3/4 des chansons de notre enfance ont un sens caché qui est loin d’être glorieux)
    Personnellement, je laisse mes fauves chanter ce qu’ils veulent (même le Pardon Spezet !! :p ), parce que bien souvent emportés par la mélodie le sens profond du texte ne les atteint pas, et que le jour où ça arrivera ils poseront eux-mêmes des questions. Ce jour-là je donnerai une explication « historique », en insistant sur le fait que si à une époque donnée les choses se passaient d’une certaine façon, ce n’est plus le cas aujourd’hui…

    • Moineau 29 septembre 2014 à 8 h 38 min #

      Ben je trouve un peu différent les chansons grivoises en langage non intelligible pour l’enfant (comme les chansons de P. Perret que je chantais gamine… je ne comprenais pas, ou de travers, la plupart des expressions ; ou langue étrangère comme le Pardon Spezet), et un texte en français très simple, délivré sans forcément d’explication. Je suis d’accord que la plupart des contes et comptines de notre enfance portent des messages pas top, mais justement il ne saute pas aux oreilles des petits, et le temps des explications arrivera toujours (genre le rouge du petit Chaperon qui évoque les règles… ça passe très loin au-dessus d’un tout-petit, donc ça me chagrine moins). Mais là, « les garçons ne valent rien », pof dans ta g*****, ça me semble d’une violence incroyable, assené à un âge où l’enfant prend tout ce que disent les grands pour argent comptant. Il me semble qu’on pourrait réserver ce genre de textes pour illustrer des cours d’histoire « un exemple de ce qu’on pensait à telle époque » ; je ne suis pas non plus pour la disparition du patrimoine, mais j’aimerais qu’il soit utilisé avec plus de précautions.
      J’aime bien aussi l’approche de Melynaë (http://melynae.wordpress.com/2013/10/23/la-petite-hirondelle/ ) de faire une version qui corresponde aux valeurs qu’on veut transmettre – mais je ne vais pas m’amuser à réécrire tout ^^.

      • Karine 29 septembre 2014 à 9 h 35 min #

        On en revient à l’évolution du sens des mots… 😉
        Après, pour cette chanson en particulier, je ne me souvenais que du premier couplet. A-t-on vraiment appris la suite à l’école ? Pas sûr… Et aujourd’hui, je doute que ce soit encore enseigné. Aucun des fauves n’a appris à l’école les chansons de mon enfance (et pourtant ils n’ont pas eu les mêmes instits)

      • Moineau 29 septembre 2014 à 9 h 52 min #

        Ah oui j’avoue, peut-être qu’on n’avait pas tout appris… je ne me souvenais même pas du 1er couplet, seulement du refrain ^^

  2. luciole137 6 octobre 2014 à 14 h 05 min #

    Moi aussi cette chanson m’a beaucoup choquée… mais je pense que les enfants (ma fille a 3 ans 1/2) ne savent pas ce que signifie le verbe valoir… mais elle adore cette chanson qui parle de coquelicot…

    Et que dire de :

    Pomme de reinette et pomme d’api,
    Tapis tapis rouge,
    Pomme de reinette et pomme d’api,
    Tapis tapis gris.
    Cache tes mains derrière ton dos ou t’auras un coup de MARTEAU.

    Je remplaçais par BISOU mais maintenant ma fille n’est plus dupe et dit marteau, et je lui explique qu’un coup de marteau sur la main ferait très mal…

    ou

    Tu me tiens je te tiens par la barbichette…

    T’auras une TAPETTE.

    Là aussi je remplaçai par bisous…

    Et il y en a plein d’autres comme ça… Ne pleure pas Jeannette où son ami se fait pendre ou décapiter

    ou Sur le pont du nord où les enfants meurent car ils ont désobéi à leur mère (« voici le sort des enfants obstinés »)… et pourtant j’adorais cette chanson petite, et quand je commençai à bien la comprendre j’étais fascinée… mais quand elle est sur un disque de ma fille je la saute… J’ai beaucoup changé d’attitude vis à vis de cette chanson…

    • Moineau 6 octobre 2014 à 14 h 15 min #

      Ah ben tiens pour pomme d’api je ne connaissais pas la dernière phrase :-/
      La barbichette je me souviens y avoir joué sans trouver ça choquant (on ne se donnait pas de « vraies » claques), mais aujourd’hui je préfèrerais aussi que mon fils n’apprenne pas ça.
      Sur le pont du nord je connais peu, je l’avais lue dans un recueil de chansons mais ne l’ai jamais apprise ; je me souviens vaguement avoir trouvé ça cruel, mais j’étais déjà « grande » – une dizaine d’années je pense.

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