Un petit verre ?

22 Sep

Les billets de Julys sur la psychogénéalogie m’ont donné envie de creuser un peu le sujet. J’ai remarqué il y a longtemps que des événements que je n’avais pas vécus m’avaient influencée : le cas le plus évident est mon aversion pour l’alcool.

J’ai toujours confusément associé l’alcool à un danger, et alors que certaines odeurs me plaisaient (le whisky évoquant les soirées que nous passions invités dans d’autres familles, ou avec des invités chez nous ; la bière évoquant les fins de journée où mon père et une flopée de voisins, après avoir bricolé ensemble chez l’un ou l’autre, prenaient un repos arrosé en échangeant moultes plaisanteries), je refusais net l’idée d’en avaler la moindre quantité.

Adolescente, je refusais de goûter tout vin – quand je trempais mes lèvres dans un verre pour faire taire l’insistance générale, j’éprouvais un dégoût profond, et une fois que je l’avais fait une fois, je ne comprenais pas qu’on me le repropose encore et encore : pour beaucoup de gens, il était normal de ne pas aimer certains vins, mais ne pas aimer LE vin était un concept apparemment farfelu. Mon père a mis quelques années à intégrer le fait que non, je n’allais pas goûter celui-ci non plus, pas la peine de me tendre un verre. Lui-même n’est pourtant pas un grand buveur, et ma mère encore moins (elle apprécie de rares vins rouges et un porto en apéritif, mais la plupart du temps elle préfère un jus de fruit non fermenté).

Comme le fait de prononcer les mots « je ne bois pas d’alcool » attirait tout un tas de remarques, je me suis beaucoup interrogée sur le pourquoi du comment.

  1. Le plus simple : l’alcool a un goût, identifiable dans la majorité des boissons qui en contiennent, et il n’y a pas de raison que ce goût plaise à tout le monde (dans la même veine, j’ai toujours été choquée qu’on puisse énoncer comme une vérité universelle que tel vin était bon et telle autre une piquette : chacun ses goûts merde !). Je n’aime pas ça, voilà. Et franchement, depuis que j’ai goûté une gorgée de whisky pour que M. Moineau cesse de me dire « si t’as pas goûté tu peux pas dire que t’aimes pas », je me demande comment autant de gens peuvent volontairement avaler ce truc. Je trouve ça presque aussi tentant que le débouche-évier.
  2. Je pense que certains ressorts psychologiques ont joué dans mon entêtement sur le sujet.
    1. D’une part, mon expérience d’enfant me menait à penser que boire de l’alcool est un truc d’hommes.
    2. D’autre part, c’est incontestablement un truc d’adultes, et je n’ai jamais voulu devenir adulte.
    3. Répugnance à l’idée de perdre le contrôle de moi-même
    4. Enfin, si j’ignore précisément les raisons de l’abstinence de ma mère (je suppose que ce sont les trois précédentes dont j’ai simplement hérité), du côté de mon père, l’histoire familiale est marquée par l’alcoolisme. Mon arrière-grand-père faisait la tournée des bars, ce dont ma grand-mère a beaucoup souffert.

Là où on rejoint la psychogénéalogie, c’est que l’alcoolisme de mon aïeul n’était pas ou peu évoqué dans mon enfance – déjà, nous ne voyions pas souvent mes grands-parents, et je pense que ma grand-mère évitait de parler de ces choses devant les enfants : elle s’en est beaucoup plus ouverte une fois que nous étions « en âge de comprendre ». Dans mon enfance, ce Pépé était totalement abstrait (mort une vingtaine d’années avant ma naissance), et le reste de la famille avait pour moi une image idyllique. Je les aimais, ils m’aimaient, joie et bonheur, paix et prospérité (amen). J’ai donc pris conscience de la maladie de mon arrière-grand-père bien après avoir décidé de ne pas boire d’alcool.

 

Plus tard encore, j’ai réalisé que j’avais appliqué à l’alcool la stratégie d’évitement que j’avais maintes fois entendue concernant le tabac : ne pas commencer pour ne pas devenir accro. Pour beaucoup de gens, cette règle de vie semble « extrême » (« tu sais pas t’amuser » « un verre de temps en temps c’est rien » « c’est pas parce qu’on se bourre la gu**** une fois qu’on devient alcoolique » etc etc), mais compte-tenu de mon rapport assez compulsif à la nourriture, je crois que c’était la seule solution pour moi. Parce qu’à une époque, si j’avais enquillé les bières comme j’enquillais les sodas / jus de fruits / n’importe quoi présent dans mon frigo, ben oui, je serais devenue alcoolique.

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11 Réponses to “Un petit verre ?”

  1. lach0uette 22 septembre 2014 à 22 h 30 min #

    Il me parle, ton article…
    Bises.

  2. Lorevane 22 septembre 2014 à 23 h 05 min #

    Ça me touche aussi. Je tiens souvent des propos similaires aux tiens et je suis souvent regardée de façon bizarre quand je refuse un verre…

    • Moineau 23 septembre 2014 à 7 h 07 min #

      J’ai fini par m’y faire (et je trouve que les gens se focalisent moins dessus maintenant aussi), mais parfois ça m’a vraiment gonflée.

      • Gourmande 23 septembre 2014 à 8 h 40 min #

        Je n’ai jamais aimé l’alcool…j’ai toujours été regardé de travers. Pas grave , à mon grand âge je commence à accepter quelques gorgées et pourquoi pas apprécier certaines choses. Une évolution !! ou une révolution !! 🙂 Quand a ne pas vouloir grandir …. il suffit de regarder autour de soi pour voir que les très jeune adorent l’alcool 🙂

      • Moineau 1 octobre 2014 à 9 h 29 min #

        Je ne sais pas pourquoi, ton commentaire avait atterri dans les indésirables 😦
        Malheureusement oui les très jeunes aiment souvent l’alcool, mais ça ne m’a pas empêchée de continuer à l’associer à l’âge adulte !

  3. Peuvent-ils souffrir ? 24 septembre 2014 à 20 h 48 min #

    Il parait que les secrets de famille se transmettent inconsciemment aux enfants malgré le silence justement…

    Sinon, moi non plus je n’aime pas le goût de l’alcool !

    • Moineau 25 septembre 2014 à 7 h 53 min #

      Je pense qu’on laisse toujours échapper des choses devant nos enfants ; par exemple, M. Moineau essaie de ne pas envoyer ch*** sa mère devant Zozio, mais celui-ci voit bien dans son langage corporel que quelque chose ne va pas (« Papa fâché ? »). Mais ça m’étonne toujours de penser que des choses survenues il y a longtemps, parfois avant notre naissance, peuvent nous influencer.

  4. La chica 2 octobre 2014 à 14 h 28 min #

    Vis ma vie de petite chose riche avec des vrais problèmes…De riches. 😥 C’est triiiiiiiiste.

    • Moineau 2 octobre 2014 à 14 h 38 min #

      Elle dit qu’elle voit pas le rapport !

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