Handicap

13 Août

Suite à l’article d’Hermine que j’ai fait suivre récemment, j’ai envie de parler un peu des personnes proches de moi qui souffrent d’un handicap plus ou moins visible. Je me limiterai à ceux qui ont une reconnaissance « officielle » de handicap à x% – vu la bataille que c’est pour obtenir ces fichus papiers, je vous assure que des gens « pas vraiment » handicapés risquent peu de les avoir.

 

  1. Mon Papa. Né avec une colonne vertébrale un peu de traviole, abîmé un peu plus par la vie professionnelle et quelques incidents, il a depuis quelques années des plaques de métal vissées aux lombaires. Pendant un temps après l’opération, il arrivait à marcher sans béquilles ; maintenant il ne les quitte quasiment plus, ce qui l’a fait passé dans les « handicapés visibles ». Le bon côté, c’est que c’est plus facile de passer aux caisses prioritaires des magasins quand on est repérable. Le mauvais côté, c’est qu’il a perdu le goût des balades ; la douleur l’a dissuadé de faire de l’exercice, donc il a perdu de l’endurance, donc il a eu encore moins envie de sortir…
  2. Ma sœur (n°2). Elle a hérité de la colonne de traviole. Son enfance a été rythmée par les séances de kiné, les multiples rendez-vous orthopédiques, tout un tas de consultations pour tenter de la faire pousser bien droite… succès moyen, puisqu’à l’âge adulte, elle a elle aussi gagné sa carte d’invalidité et le statut « travailleur handicapé » (en passant, rien de tel pour faire fuir un employeur potentiel). L’obésité s’en mêlant, toutes ses articulations la font souffrir tour à tour, chevilles, genoux… malgré tout elle marche encore d’un bon pas, mais elle a tendance à se définir à travers ses problèmes de santé (je vous en reparlerai un de ces jours… c’est ma sœur mais qu’est-ce qu’elle peut m’agacer parfois).
  3. Mon amie E. Elle a raté la rentrée scolaire en première année d’école d’ingénieur parce qu’elle était en convalescence après la pose d’une prothèse : quand je l’ai rencontrée, elle avait donc une hanche, un genou et une cheville artificiels. Elle marche un peu plus lentement que moi, boîte de façon plus ou moins prononcée selon son état de fatigue. Si vous n’êtes pas très attentif, vous ne vous rendrez pas compte de sa fatigue, de la pénibilité supplémentaire que représente pour elle une heure passée debout. Elle n’aime pas le mot « handicapée », alors elle ne demande pas toujours une place assise dans les transports – pour faire bouger quelqu’un, il faudrait dégainer sa carte…
  4. Mon amie C. Elle est née sourde (ou du moins très malentendante : elle baignait dans un vague brouhaha ne lui permettant pas de comprendre son environnement). Ce n’est qu’après la naissance de ses deux filles que la médecine lui a permis le miracle de distinguer les paroles des gens. Des implants coûtant une somme faramineuse (et dont il faut changer les piles tous les trois jours), une opération dangereuse, mais à plus de trente ans, elle a découvert le monde d’une façon nouvelle. Même avec ses implants, elle n’entend pas parfaitement, il faut donc faire attention à bien attirer son attention avant de commencer à lui parler, pour qu’elle s’aide du mouvement des lèvres de son interlocuteur. Elle n’aime pas dire aux gens qu’elle est sourde, bien qu’elle sache que ça peut lui porter préjudice (avouez, quand votre interlocuteur ne comprend pas ce que vous dites, et répond à côté de la plaque, vous vous dites d’abord qu’il est idiot avant d’envisager qu’il vous ait mal entendu…). Depuis que je la connais, elle a traversé un grand nombre d’épreuves, toujours avec une force incroyable. Je vous reparlerai d’elle pour vous expliquer à quel point je l’admire.
  5. Ma collègue C. Vous ne pouvez absolument rien deviner en la côtoyant. Alors elle a appris à « avouer » son handicap (certificat médical à l’appui si besoin), pour que les gens ne s’étonnent plus de la voir demander un aménagement de poste. Ça n’empêche pas les mauvaises langues de nier ses difficultés, mais c’est aussi une battante qui ne se laisse pas plus marcher sur les pieds. Une drôle de maladie amoindrit considérablement sa perception de la douleur. Chouette de ne pas souffrir pensez-vous ? Que nenni. La douleur est un signal d’alerte pour le corps : attention, tu es en train de t’abîmer, cesse ce que tu es en train de faire. Quand la douleur vient trop tard, le corps peut être abîmé de façon irréversible. La douleur vient trop tard, mais quand elle arrive, elle ne repart jamais loin.

 

Voilà. Sans chercher très loin de moi, je compte 5 personnes handicapées dans mon entourage, parmi lesquelles seul mon père est « repérable ». Pourtant, les autres aussi ont besoin d’aménagements pour que leur quotidien soit simple plus compliqué que le mien, mais pas trop. Mais quand elles demandent une aide, un « privilège », des gens les regardent de travers. Parce qu’un handicapé, c’est quelqu’un en fauteuil roulant, hein ? Si tu tiens debout, c’est que t’es pas si malade que ça, tu peux bien faire la queue comme tout le monde… Je déteste cette société dans laquelle on ne laisse jamais le bénéfice du doute à l’autre, mais où le soupçon est le premier réflexe. Autour de vous, il y a peut-être des gens qui tentent de cacher un handicap, parce que le regard de la société sur leur situation est parfois insupportable.

 

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