Le Moineau se cache pour manger

5 Août

J’ai déjà parlé de mon rapport à l’alimentation. Je vous ai peut-être déjà dit aussi que je n’étais pas à l’aise parmi les gens.

L’association des deux peut provoquer des situations bizarres.

Par exemple ce midi, j’ai failli ne pas déjeuner parce que je n’osais pas aller récupérer mon pot de houmous dans le frigo de la salle de pause – des fois qu’il y aurait eu quelqu’un. Ridicule n’est-ce pas ? Et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’entre manger ou fuir mes semblables, l’option du jeûne me paraît la plus séduisante, loin de là. Je n’ai pas compté le nombre de fois où j’ai renoncé à aller à la cantine parce que le début du service était passé et que j’allais trouver salle comble ; quand la boulangerie du coin était fermée et qu’il tombait des cordes, ça pouvait se finir en après-midi passée à grignoter des gâteaux (je fais attention désormais à avoir toujours un stock de denrées alimentaires dans mon bureau -et f*** le règlement intérieur), sans un vrai repas consistant.

Quand un(e)/des collègue(s) me proposent de déjeuner en leur compagnie, ça me fait en général plaisir, même si je sais que ça implique souvent une pause à rallonge (mais pourquoi les gens mettent-ils tous plus de dix minutes à avaler un repas ???), et donc de partir un peu plus tard le soir, et je suis alors capable de braver une salle pleine de gens déjà attablés. Mais si je suis seule, c’est la panique : il faut que personne n’ait le temps de me voir, et donc arriver à l’ouverture, pour ressortir au bout de 11’38 (durée incompressible pour : prendre un plateau, des couverts, une assiette de légumes/céréales, deux desserts, passer à la caisse, se rendre à la petite table la plus proche de la sortie, remplir la carafe d’eau, avaler mes plats, déposer mon plateau allégé sur la desserte). Surtout ne croiser aucun regard, rester invisible.

 

J’ai du mal à bien me l’expliquer. C’est un peu comme quand vous croisez votre collègue en allant aux toilettes : vous savez ce qu’il/elle y faisait, il/elle sait ce que vous aller y faire, et comme ce n’est pas un sujet de conversation mondaine, une légère gêne se fait sentir. Sauf que je suis beaucoup moins gênée de croiser dix personnes aux toilettes qu’une seule dans la salle déjeuner. Pourtant, tout le monde mange, n’est-ce pas ? Je veux dire, je n’ai encore jamais croisé de respirien… alors pourquoi ce malaise ?

 

Déjà hier, j’ai hésité en faisant mes courses à prendre ce fameux pot de houmous car je savais que je ne pourrai pas le finir en un seul repas (même en faisant très léger à côté : j’ai juste pris des tomates cerises que j’ai trempées dans le pot, et du pain viennois pour tartiner le reste). L’idée de devoir entrer en salle de pause pour mettre le reste au frigo m’inquiétait déjà dans le magasin. Après avoir fini mon repas, j’ai attendu un moment avant d’oser quitter mon bureau avec mon petit pot à la main. L’angoisse m’a étreinte au moment d’ouvrir la porte de la salle… ouf, personne !

J’ai vite ouvert le frigo, posé la boîte, et fui, tout en me disant « bon ben voilà, finalement c’est cool à cette heure y’a personne ».

Ce matin, je sentais déjà l’appréhension monter au fur et à mesure que midi approchait. Mais même en me gavant de cacahuètes, la faim était là. Problème, des bruits de voix me parvenaient du couloir. Que faire ? théoriquement, je ne dois pas manger dans mon bureau, donc si je vais prendre la boîte et que quelqu’un est présent, je risque d’attirer l’attention. Mais aller dans la salle avec mon pain et mon petit couteau en plastique pour manger sur place, ça veut dire passer plus de temps dans la salle – temps pendant lequel pleiiiiiiiiin de gens peuvent arriver (oui, même un 5 août dans un service quasi-désert). J’ai attendu. Mangé encore des cacahuètes et même une barre de céréales. J’avais toujours faim. Les bruits de voix ont cessé. J’ai attrapé mon petit pain, mon petit couteau, et me suis approchée de la salle. Personne. J’ai foncé sur le frigo, tartiné rapidement mon mini-sandwich, mangé beaucoup trop vite (bonjour le hoquet), et suis ressorti en ayant encore faim, parce que du coup j’avais pris le reste du pain entamé hier alors qu’il m’en aurait fallu un entier.

Je ne vais pas y retourner. Je vais continuer à grignoter des biscuits, cachée dans mon bureau. Fait ch*** parfois d’être névrosée.

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