Attention au chien

10 Fév

Dimanche, promenade en famille dans un village à quelques kilomètres de chez nous : nous avons remarqué une maison à vendre qui pourrait nous convenir, et souhaitons observer le quartier. Voiture laissée un peu plus loin, il fait beau, Zozio marche entre nous tandis que nous cherchons la maison en question. En passant devant une autre maison en vente, nous déclenchons une salve d’aboiements de la part de deux chiens ; Zozio est un peu impressionné, mais nous continuons notre marche et il répète « ssien ! wouf wouf » en souriant, toute inquiétude envolée. Nous continuons notre chemin, passons devant un grillage portant un panneau « attention au chien ». J’aperçois un chien type boxer, mais il ne s’approche pas.

Plus loin, nous réalisons que nous avons dû nous tromper de rue et faisons demi-tour. Retour en voiture, nous essayons une rue plus loin, sans succès, revenons dans celle-ci (et si nous n’étions en fait pas allés assez loin ?). Nous atteignons le panneau de sortie de la ville et faisons demi-tour, tentons une rue à droite… à non, cul-de-sac. Nous voyons un gros chien courir sur la chaussée ; je ralentis, fais demi-tour, m’engage prudemment sur la rue précédente.

Une dame marche sur le trottoir d’en face. Nous voyons le chien se précipiter vers elle, et lui mordre la jambe, sans sommation aucune. Je lâche : « Il l’a mordue ! », stupéfaite, n’en croyant pas mes yeux. Elle crie, ses yeux cherchent du secours autour d’elle. M. Moineau reprend ses esprits plus vite que moi et klaxonne, puis, le chien étant reparti sur l’autre trottoir, me dit « interpose la voiture entre elle et le chien ! ». Warning, je vais me ranger près d’elle, tout en pensant « il faut la mettre à l’abri, il nous reste une place dans la voiture, c’est bon ». Je baisse ma vitre, lui propose de monter ; M. Moineau est descendu avant qu’elle ait eu le temps de répondre et l’aide à s’installer à côté de Zozio. Des gens nous entourent, dont un homme armé d’un énorme bâton. Je mets quelques secondes à comprendre qu’ils sont équipés pour chasser le chien. Ils demandent comment va la dame ; son mollet saigne, elle est sous le choc mais semble déjà soulagée d’être un peu à l’abri. J’ai le temps de comprendre que le chien est bien connu du voisinage, avant d’appeler le 112. La dame répond aux questions sur la blessure, et signale que nous sommes tout près du centre de secours ; l’opérateur m’invite à nous y rendre pour y attendre une équipe (ben oui, c’est dimanche, il n’y a personne). En chemin, j’aperçois les hommes du quartier massés devant un portail ; je me demande si à défaut de trouver le chien, ils ne vont pas s’en prendre au maître.

Nous attendons une poignée de minutes devant le centre de secours avant d’y être rejoints par plusieurs voitures : les pompiers vont ouvrir le centre, puis nous invitent à y entrer, et commencent les soins. Ce n’est qu’une fois dans le couloir, en les regardant s’affairer autour de la blessée, que je réalise qu’environ dix minutes plus tôt, c’est nous qui passions à pied dans cette rue, et que la victime aurait pu être mon fils. Les larmes me montent aux yeux, je m’éloigne – je ne veux pas que la dame me voit m’apitoyer sur ce qui aurait pu se passer, alors que ses blessures à elle sont tout ce qu’il y a de plus réel. Un des pompiers m’invite à m’asseoir le temps de me remettre de mes émotions. Un autre propose d’emmener Zozio voir les différents véhicules ; la visite le distraira vu qu’on ne sait pas pour combien de temps on est là. Les soins continuent, la dame a appelé des proches pour qu’ils lui apportent ses papiers en attendant les gendarmes (pour sa promenade dominicale, elle n’avait pas pris sur elle ses papiers et encore moins son carnet de santé…).

Il y a une certaine effervescence, on nous demande plusieurs fois de décrire le chien, et si nous savons où il se trouve à présent, et nous apprenons qu’il est bien connu de la brigade – il n’en est pas à sa première agression. Je ne comprends pas : je croyais qu’un chien qui attaquait sans motif était forcément euthanasié. Les gendarmes arrivent, interrogent la victime, prennent nos coordonnées… et discutent avec les pompiers. Un des gendarmes nous précise que le chien risque peu de s’en prendre à un enfant : il vit dans une famille avec plusieurs enfants, et lors de ses escapades, il s’en est toujours pris uniquement aux adultes, jamais aux enfants éventuellement présents. Je lui suis reconnaissante de vouloir nous rassurer, mais je ne peux m’empêcher de penser « jusqu’au jour où… ».

Au fil des conversations, nous percevons l’écœurement des pompiers comme des gendarmes face à la situation : le chien n’étant pas classé dangereux, il ne peut être retiré à ses maîtres. Chaque procédure judiciaire conduit à une évaluation comportementale, mais la conclusion est toujours la même : « non, le chien n’est pas dangereux ». Un des gendarmes explique qu’en effet, le chien considère l’espace public autour de la maison comme faisant partie de son territoire, et ses agressions correspondent à un comportement de garde : mais chez le vétérinaire, il est doux comme un agneau. Sur le moment, je suis choquée que le vétérinaire puisse conclure à l’inoffensivité d’un chien qui mord des gens sur la voie publique.

La victime est emmenée à l’hôpital, tandis qu’on nous propose de manger un peu avant de repartir. Zozio dévore donc un morceau de galette pendant que nous en apprenons un peu plus sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les forces de l’ordre.

Le soir, je relis l’article de Dr Fourrure sur l’évaluation comportementale. Et je crois comprendre.

Non, ce chien n’est pas dangereux : il suffirait de clore la propriété de murs suffisamment hauts pour qu’il ne puisse pas sauter par dessus, et veiller à ce que le portail ne reste jamais ouvert, pour qu’il ne risque plus de mordre quiconque. Le vétérinaire a donc tout a fait raison de ne pas le classer dans une catégorie qui le mènerait à l’euthanasie.

Mais le propriétaire de l’animal semble complètement indifférent aux accidents déjà survenus, et les riverains vivent dans la peur. La peur et la colère. Un jour, ce chien se fera peut-être tuer par des gens excédés, parce que l’humain qui devrait prendre soin de lui est incapable de lui apprendre à vivre parmi les humains.

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2 Réponses to “Attention au chien”

  1. Runi 11 février 2014 à 21 h 36 min #

    On peut alors agir contre les propriétaire pour manquement à leur obligation de garde. Un animal est considéré comme une chose, ceux qui possèdent la chose doivent la garder …. Incroyable histoire !

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