Ode aux enseignants 4/5 : la prépa

24 Déc

4ème épisode scolaire : la classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE)

Après un démarrage ici, un second épisode , un troisième , me voici, bac S sans mention en poche, en classe prépa.

1ère année en BCPST (ou SupC pour les intimes)

Nous sommes accueillis le jour de la rentrée par nos trois profs principales : Maths : Mme E-M, Biologie : Mme S, Physique-Chimie : Mme. Len. Elles ont en commun une bonne humeur quasi-permanente, un esprit aiguisé, beaucoup d’humanité même si parfois la sévérité prend le dessus. Le mot de la rentrée reste pour moi celui de Mme S : « Bon, vous avez sûrement entendu dire des tas de choses horribles sur la prépa… mais en fait, ce n’est RIEN à côté de la réalité ». Bienvenue !
Il faut dire qu’à la fin de l’année (même un peu avant), les profs se prononceront sur l’opportunité pour chaque élève de continuer ou non en prépa ; éjecter quelqu’un qui aurait pu réussir, c’est dommage, encourager quelqu’un qui finalement échouera deux fois, ça l’est encore plus. Elles nous scrutent, tout au long de l’année, nous encouragent, nous secouent, chacune à leur manière, et c’est finalement la combinaison de leurs manières qui fait que ça marche aussi bien.

Allemand : M. Hu. Ahlala. Mon idole. ZE prof marquant de toute ma scolarité. Bon déjà, il est prof d’allemand, et vous aurez compris, depuis le temps que je vous bassine avec, tout l’amour que j’ai pour cette langue. Ensuite, comme la plupart de nos profs, il a le genre d’humour auquel je suis sensible. Surtout, il va réellement me faire progresser. Autant les années précédentes, les cours d’allemand ne me servaient qu’à parler un peu, apprendre quelques tournures grammaticales… autant ses cours sont vivants, parce qu’il bâtit notre culture (politique, questions de société…) en même temps que notre connaissance de la langue. Pendant 3 ans, c’est un élément majeur de ma bouée de sauvetage. La première fois que je passe les concours, j’obtiens 19 à l’écrit et 20 à l’oral. La seconde fois, un point de moins à chaque épreuve. Quand je lui indiquerai ma déception, il me dira « C’est normal, cette année, votre niveau était un peu descendu, vous étiez moins concentrée ; je ne vous l’ai pas fait remarquer car vous deviez absolument faire des progrès dans les autres matières, c’était le plus important, et d’ailleurs, ces progrès, vous les avez faits. » Sur le moment, j’étais un peu amère, mais assez vite j’ai compris le service qu’il m’avait rendu : me laisser savourer mes menues victoires ailleurs, sans les entacher d’une « baisse de régime » sans grande ampleur.

Français : M. Cher ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Notez, ça vaut mieux que laisser un mauvais souvenir.

Anglais : je suis en train de me demander si je suis allée en cours d’anglais, tellement je ne me souviens d’aucun prof dans cette matière pendant mes trois années de prépa… d’ailleurs en dernière année, j’ai choisi de passer l’espagnol au concours, juste pour le fun (et j’ai eu la même note que j’avais eu en anglais l’année d’avant, comme quoi j’ai bien fait de me faire plaisir).

Sport : Je ne me rappelle pas son nom, seulement son accent du sud-ouest. Il nous rappelle les bienfaits du sport sur l’organisme, surtout chez des jeunes gens passant un grand nombre d’heures à se faire chauffer les neurones… et cherche à nous motiver en proposant des sports peu habituels en milieu scolaire : boxe, musculation. Ça ne m’a pas empêchée de sécher quelques séances, mais vraiment, la boxe, c’était super sympa.

2ème année BCPST (SpéC)

Ceux qui ne changent pas :  Allemand,

Maths : Mlle Lau. Petit bout de bonne femme à la voix tout juste perceptible, mais dégageant beaucoup d’autorité. L’idée que ses cours ne soient pas compris l’angoisse manifestement : elle guette le moindre froncement de sourcil évocateur d’un trou cérébral, et motive par là une nouvelle série d’explications. Et pour s’assurer que nous comprenons bien ce que nous faisons, elle exige que dans nos devoirs, chaque ligne de calcul ou presque soit justifiée. Je fis une overdose de justification, me demandant comment je pourrais justifier que 2+2=4 (en comptant sur mes doigts ?). Ce petit travers était cependant pardonnable au vu de son immense dévouement.
Biologie : Mme Bla. m’étonna un jour en prenant un temps de réflexion pour vérifier où était la droite, où était la gauche : je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un d’une intelligence comme la sienne puisse être tracassé par une difficulté de ce genre.
Physique-Chimie : M. Mat avait un air perpétuellement distrait dont nous nous amusions beaucoup (ainsi que de sa mèche de cheveux tentant vainement de masquer une calvitie avancée – oui à tout âge, les élèves sont cruels). Calme et bonne humeur sont les caractéristiques qui me reviennent en premier lieu à son sujet.

Français : M. Tra sait que pour beaucoup d’entre nous, le français c’est la « récré » de la semaine, il compose avec nos inattentions, tout en faisant des rappels à l’ordre quand le besoin s’en fait sentir. Je me rappelle encore certaines réflexions philosophiques émaillant son cours (« je vous engage vivement à faire une crise d’adolescence… enfin, bon, à votre âge normalement c’est déjà fait ; mais si on refoule cette période, elle finit par arriver plus violemment et là, les parents en prennent pour vingt ans »).

Sport : Aucun souvenir, il faut dire que je trouvais bien meilleure la compagnie de l’infirmière du lycée que la sienne.

 Géographie : M. Sta est un jeune prof, dont on se demande s’il a bien fait de le devenir : il est manifestement mal à l’aise en public, bute souvent sur les mots, et manque cruellement d’autorité (la géographie intéresse moyennement les biologistes que nous voulons être pour la plupart, il faut donc un certain charisme pour maintenir l’ordre dans la classe… il en est malheureusement dépourvu). J’ai souvenir une séance de colle où, me voyant fondre en larmes, il m’avait gentiment dit de prendre 5 minutes pour aller me passer de l’eau sur le visage, pour que l’interrogation puisse ensuite reprendre sereinement, puis m’avait ré-expliqué les éléments importants de l’exercice : en fait, je crois qu’il aurait fait un bon prof particulier.

2ème année BCPST, 2ème édition (c’est ce qui arrive généralement quand on rate les concours)

Ceux qui ne changent pas :  Allemand, Français. À noter que par défaut, en redoublant, je me retrouve avec la même équipe que l’année précédente, mais je demanderai à changer de classe, pour bénéficier d’une approche différente.

Bio (et surtout géologie) : M. Dem, nouvellement arrivé dans l’établissement, est passionné de géologie, suffisamment pour m’y intéresser. Il est parfaitement assorti au reste de l’équipe pédagogique : sens de l’humour et joie de vivre, sévérité parfois mais surtout un goût pour la transmission du savoir.

Maths : M. Den a une écriture parfaitement illisible, heureusement pour nous, il le sait : il ne distribue plus d’énoncés manuscrits depuis qu’un élève (quelques années avant nous), au cours d’un devoir, lui avait dit « Monsieur, votre z m’embête dans ce problème », et que le z en question était en fait un 3. Les énoncés sont souvent agrémentés d’une phrase ou d’un dessin humoristiques, une fois même d’une photo de son fils (sûrement pour nous retenir de proférer malédictions en tout genre après quelques heures de triturage de neurones).

Physique : M. Rop est surtout réputé pour ses remarques piquantes et/ou misogynes (« En somme, vous êtes comme un cation » « gné..?  » « Ben oui, vous avez une lacune ! » ça c’est dans son registre « gentil »). Beaucoup d’élèves sont au bord des larmes à l’approche d’une séance de colle avec lui, encore plus ouvrent les vannes après la séance. Je me surprendrai cependant à apprécier son humour au fur et à mesure de l’avancée de l’année, et devrai au moins lui savoir gré de m’avoir rendu compréhensibles certains mystères de la chimie.

Sport : probablement le même que l’année précédente, mais cette fois il n’a pas dû me voir plus d’une fois.

Géographie : À l’inverse de M. Sta, un orateur doué, qui sait nous intéresser à son sujet. Ses descriptions des régions françaises sont vivantes, on s’y croirait. Je me lasse vite de l’entendre vanter la picole de tel ou tel canton perdu, mais bon c’est une réalité française : on dit que chaque ville allemande a sa bière attitrée, de même chaque recoin de l’hexagone se vante de sa piquette. Je préfèrerais qu’on parle de chocolat, mais je suppose qu’il m’aurait fallu étudier en Suisse.

 

Autre personnage important : l’infirmière, Mme Jac. Je ne sais plus à quel moment je me suis décidée pour la première fois à frapper à sa porte ; je crois que j’étais allée voir une copine qui se reposait à l’infirmerie, et qu’à cette occasion j’avais discuté avec Mme Jac, et découvert son infinie gentillesse. On venait prendre des nouvelles d’un camarade ? elle en profitait pour demander comment nous allions. Fatigue, stress, coup de cafard ? « venez prendre un goûter ici, au calme, avant de retourner dans votre chambre ». Elle écoute, compatit, dédramatise. Donne l’adresse du CMP du coin, aussi, ainsi que d’une structure spécialisée dans le soutien scolaire, qui associe enseignants, psychologues, infirmières, médecin. Certains élèves n’aiment pas son côté maternant, pour ma part j’y trouve mon compte, quand je me refuse à confier à mes parents, si loin d’ici, à quel point je peux avoir le moral dans les chaussettes.

 

La prépa, c’est un monde à part. Un contraste violent avec la tranquillité que j’ai connue jusqu’au Bac : passer de 18 de moyenne en maths à une note de 7 au premier devoir, ça calme. Pendant longtemps, l’allemand est la seule matière où j’ai la moyenne. Les maths redécollent petit à petit, la biologie spasmodiquement, tandis que je me vois abonnée à des 3 ou 4 en physique-chimie. Heureusement, les copines sont là pour éponger les larmes. Et bizarrement, les profs se montrent encourageants, que ce soit de quelques mots par ci, une remarque positive sur une copie par là, un soupçon d’indulgence lors d’un oral, les appréciations sur le bulletin… mes résultats me semblent catastrophiques, pourtant ils me disent que je peux y arriver, que j’ai les ressources qu’il faut, ils les voient. Ma deuxième session au concours leur donnera raison, mon classement me permettant d’obtenir une place d’élève-fonctionnaire dans l’école qui me plaît. Tous, à leur manière, ont contribué à ma réussite : ceux qui avaient des mots de consolation comme ceux qui préféraient assener des « remue-toi, ce n’est pas en sanglotant que tu arriveras à quelque chose » (en version plus diplomatique que ça, mais c’était l’idée). Tous étaient attentifs aux élèves, demandant à la meilleure amie d’Unetelle des nouvelles si celle-ci ne se montrait pas en cours quelques jours, repérant les signes de découragement et cherchant les meilleurs mots pour y remédier.

La prépa a été la partie la plus difficile de ma scolarité, et pourtant j’en garde essentiellement de bons souvenirs : les rencontres que j’y ai faites, qui m’ont fait grandir. Ce sont ces années-là qui me font penser parfois que moi aussi, j’aimerais enseigner.

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Une Réponse to “Ode aux enseignants 4/5 : la prépa”

  1. Caro 2 janvier 2014 à 21 h 49 min #

    Même si j’en ai bavé je garde également un excellent souvenir de la prépa, et notamment des colles, même si sur le moment ça ressemble plutôt à massacre à la tronçonneuse. Ah et que dire des vacances qui ne sont en réalité que des ITC (Interruption Temporaire de Cours)… Non vraiment la prépa c’est un monde à part, mais c’est un chouette monde pour qui est assez solide pour le supporter.

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