On médicalise, toujours…

15 Nov

J’ai été interpellée par le titre de cet article : « En Syrie, faute de césarienne, les femmes meurent en accouchant ».
La formulation n’est pas anodine : les femmes, pas des femmes ?

Hors césarienne, point de salut ?

L’article nous explique que les femmes ayant déjà eu une césarienne sont fragilisées et ont plus souvent besoin que les autres d’une césarienne pour leurs enfants suivants. Soit, c’est un fait, l’accouchement vaginal après césarienne (AVAC) présente des risques particuliers, liés à la présence d’une lésion (plus ou moins) ancienne de l’utérus, et une seconde césarienne est généralement préférée ; je ne remets pas en cause ce principe.
Maintenant, sachant que 9 naissances sur 10 dans le monde se déroulent sans intervention médicale*, j’ose imaginer que la proportion de femmes syriennes déjà césarisées n’est pas énorme (ce qui n’empêche pas de s’indigner du fait que celles qui l’ont été se retrouvent maintenant à risquer sérieusement leur vie en mettant au monde un autre enfant). Minute… non, le médecin interviewé nous dit que

« Comme le système de santé syrien fonctionnait bien, beaucoup de femmes ont déjà eu des césariennes. »

C’est donc signe d’un « système qui fonctionne bien » que de voir se généraliser la césarienne ? Pour moi le signe d’un système qui tourne bien, ce serait plutôt la baisse de la mortalité périnatale ; la césarienne y participe certainement mais n’en est pas la clé unique.

Par ailleurs l’article évoque une pénurie de soignants dans plus ou moins toutes les spécialités, alors pourquoi titrer sur les dangers de l’accouchement non médicalisé ? Est-ce parce qu’il est dans l’air du temps, en France, de critiquer l’accouchement à domicile ? Après un titre pareil, les Françaises n’ont pas fini d’entendre des « tu ne veux pas de péridurale ? mais tu es folle ! tu te rends compte de toutes les femmes dans le monde qui n’y ont pas accès et en rêveraient ? ».

En voulant alerter sur de réels problèmes de santé publique, cet article véhicule une image inquiétante de l’accouchement et en présente la médicalisation comme une nécessité absolue, quand celle-ci est pourtant dispensable dans une majorité de cas.

*je crois que j’avais lu ça dans ce livre, mais j’ai du mal à retrouver des sources (je trouve des stats en France ou en Europe par exemple mais pas mondiale ; wikipédia parle de 90% à 95% d’accouchements « ne présentent aucun risque particulier », mais la source renvoie à des stats en France). Je vais tenter de remettre la main dessus pour vérifier ça.

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Une Réponse to “On médicalise, toujours…”

  1. Polina 16 novembre 2013 à 16 h 26 min #

    Cette manière de tout vouloir médicaliser devient pour le moins insupportable.

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