Coup de mou

25 Juin

Il y a des jours comme ça, où vous vous dites objectivement que tout va bien ou plutôt bien, et où pourtant vous vous sentez mal.

  • j’ai un mari et un zozio merveilleux
  • le 15 du mois est passé et je ne suis toujours pas à découvert, pour la première fois depuis presque un an
  • j’ai demandé un changement d’affectation et je l’ai obtenu
  • j’ai rendu visite à ma grand-mère pour ses 89 ans
  • des amis sont passés à la maison ce week-end
  • mes chats sont toujours aussi adorables

Et pourtant, ça ne va pas. Ma toubib m’a remise sous Lévothyrox et a ajouté de la Spasmine pour faire bonne mesure, mais j’ai toujours le moral sur des montagnes russes. Quand M. Moineau me demande ce qui ne va pas, je réponds que c’est « juste » mon traitement qui n’est pas encore bien adapté, mais au fond je me demande : est-ce qu’un jour il le sera ? J’ai l’impression de revivre ma grossesse (je reprends même du poids), sauf que je ne sais pas si ça s’arrêtera un jour.

Dernier objet de déprime en date : je me sens seule, isolée. Quand quelque chose ne va pas, mon premier principe est de ne pas en parler à la famille, pour ne pas les inquiéter (avec une exception notable pour ma grande sœur, même si parfois j’édulcore un peu aussi avec elle, car elle a ses propres soucis dont elle ne me dit pas tout non plus – une sorte d’équilibre). Et quand je pense à la plupart de mes amis, j’en reviens à la même chose : ceux dont je suis le plus proche, je ne veux plus les saouler avec mes états d’âme, et ceux dont je suis moins proche, ben je veux pas leur donner l’impression de ne les joindre que quand ça ne va pas. Et puis, et je me rends compte que toutes mes relations sont asymétriques : les gens représentent plus pour moi que moi pour eux, et certains à qui je penserais à me confier s’étonneraient si je leur faisais des confidences. Peut-être aimé-je trop facilement, trop vite, trop fort ? Peut-être tout simplement que je me trompe ?

Parfois, j’aimerais avoir passé toute ma vie dans mon village d’origine, côtoyer encore aujourd’hui des personnes que je puisse appeler « amis d’enfance ». J’ai l’impression d’avoir connu trop tard beaucoup des gens qui sont devenus importants pour moi, alors qu’eux-mêmes avaient déjà un « réseau » de longue date et « suffisant », dans lequel je m’insère, mais d’où je peux aussi bien ressortir de façon inaperçue.

C’est paradoxal car je me rends parfois compte que je n’ai plus donné de nouvelles depuis longtemps à un tas de gens auxquels je pense pourtant souvent avec tendresse : pourquoi ne pas croire qu’il n’en va pas simplement de même pour eux ?

Avec ma meilleure amie, C., rencontrée juste après le bac, je vis bien cette asymétrie car même si je sais que je la « partage » avec un grand nombre de gens, elle a une telle qualité d’écoute qu’elle parvient toujours à donner à chacun de ses amis un moment qui lui soit réservé. Quand on se retrouve, même si on a à chaque fois une « mise à jour » sur les derniers événements amours/famille/boulot à faire, la complicité réapparaît immédiatement, comme si on s’était quittées la veille.

Après, j’ai mon binôme (rencontré en grande école), dont je suis persuadée qu’il pense à moi aussi souvent que je pense à lui, même si on se donne rarement de nouvelles ; son absence me pèse peu, car je suis certaine que le plaisir sera intact quand on se retrouvera.

Et puis après… il y a tout un tas de gens dont je sens bien que je m’éloigne (la géographie ne facilitant pas toujours les choses, il faut bien le dire) :

  • ma deuxième meilleure amie, E., vit à l’autre bout de la France. Une journée de transport pour se voir et autant pour rentrer chez soi, quand on n’a la plupart du temps que des week-ends disponibles, ça refroidit un peu pour les visites. Les coups de fil se font plus rares, puis les mails… bientôt plus que des souvenirs ?
  • un groupe d’amis en région parisienne, rencontrés via C., groupe qui s’est quelque peu disloqué (des gens qui se voient toujours, d’autres qui se font la g***). J’ai toujours des nouvelles de l’un via un célèbre réseau social, et je suis à peu près sûre qu’il me recevrait avec plaisir si je lui disais « je passe dans ta ville la semaine prochaine ». Pour d’autres, je n’ai pas eu de réponse aux derniers messages envoyés, alors que pourtant à une époque ils s’étaient pliés en quatre pour me recevoir à un moment où je touchais le fond ; ai-je dit ou fait quelque chose qui leur a déplu, les a choqués, n’ai-je pas su leur montrer ma gratitude par rapport à cet épisode ? J’ai essayé par la suite de ne plus les contacter quand ça allait mal, et de donner des nouvelles de temps en temps, pour ne pas qu’ils croient que je pensais à eux que quand j’avais besoin, mais peut-être n’ai-je pas réussi. Est-ce simplement le cours normal de la vie ? ça me fait mal, comme à chaque fois que je dois enterrer un pan de mon passé.
  • mon « frère d’adoption », rencontré en 1ère. Deux années de complicité parfaite, puis correspondance assez régulière pendant deux ans… puis il a cessé de répondre à mes lettres, mails, messages sur répondeur. Je savais par d’autres amis du lycée qu’il avait aussi coupé les ponts avec eux, mais ça n’était pas une consolation. Il se trouve que M. Moineau porte le même prénom que lui, et au départ j’ai fait un blocage là-dessus : il ne pouvait pas y avoir deux personnes portant ce prénom qui ait une telle importance dans ma vie, j’avais l’impression de le remplacer. M. Moineau figure toujours sous le nom de son personnage WoW dans le répertoire de mon téléphone. Il y a quelques années, en découvrant les réseaux sociaux, j’avais retrouvé et contacté mon « frère » ; toujours pas de réponse. J’ai appris à juste souhaiter qu’il soit heureux.

Heureusement, il y a aussi des « distances stabilisées », et pour ça, les réseaux sociaux, c’est quand même chouette : j’ai en relations FB plusieurs amis de différentes époques scolaires, et même si on ne se reverra probablement jamais en chair et en os, je suis contente d’avoir quelques nouvelles, et de partager quelques bouts de ma vie avec eux aussi.

Et puis, il y a ceux par rapport à qui je ne sais pas du tout me situer. S. et P., qui m’ont rendu visite ce week-end, en font partie. Bon déjà, ils auraient pu décliner l’invitation, donc s’ils sont venus, c’est bien que ma compagnie leur convient toujours. Mais j’ai ressenti un léger flottement à leur arrivée, je n’étais pas à l’aise, car on ne partage pas grand-chose tout au long de l’année. Se voir une fois par an, ça fait léger pour entretenir une réelle complicité, s’il y a trop peu d’échanges le reste du temps. Je les ai connus via WoW et le forum de notre guilde. Je ne sais plus quel motif m’avais fait entamer une correspondance soutenue avec S., plusieurs messages par jour dans lequel chacun se plaignait de son boulot ou autre et tentait de remonter le moral à l’autre. De fil en aiguille, il a pris toute la place dans ma vie, j’ai insisté pour qu’on se rencontre en chair et en os. Il m’a mise en garde sur le risque de foutre en l’air notre relation en voulant « plus », puis il a cédé. Je ne peux pas dire que je regrette d’avoir ignoré ses remarques, car j’ai adoré chaque moment passé avec lui ensuite. Mais quand j’ai fini par admettre qu’il ne voulait pas d’une relation durable, et que j’ai commencé à fréquenter M. Moineau, ça a mis un sérieux coup de frein à nos échanges. Et bordel, il me manque horriblement. Même si on avait parlé (enfin, écrit surtout) à coeur ouvert, et qu’on se quittait sans heurt, je ne me voyais pas lui envoyer autant de messages qu’avant sur ce qui se passait dans ma vie, vu que ce qui se passait, c’était un autre homme. On s’est revus environ une fois par an ensuite : P. et lui m’ont aidée à déménager, puis on s’est retrouvés pour le Hellfest. A chaque fois, je retrouve avec bonheur leur numéro de « vieux couple », mais à chaque fois, je mesure ce que j’ai perdu. Est-il possible de réparer cette amitié ébréchée ? j’ai d’un côté envie de lui faire lire ces lignes, de l’autre peur de le mettre mal à l’aise et nous éloigner un peu plus. Je voudrais revenir en arrière.

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Une Réponse to “Coup de mou”

  1. Karine 5 juillet 2013 à 12 h 34 min #

    Gast ! C’est pas pour rien qu’on est soeurs !! 😉
    Je n’ai gardé qu’une amie d’enfance, qui reste une 3è soeur pour moi, même si on ne s’appelle pas souvent non plus… De nos années allemandes ne me reste que S., avec qui j’ai l’impression que rien n’a changé même si on ne s’est pas vus depuis 21 ans.
    Et il y a aussi F., que je vois une fois par an, et dont je qualifierais notre relation d’amitié un peu distante, même si j’ai toujours énormément de plaisir à le retrouver… J’ai souvent comme toi cette sensation de « sens unique ». J’ai décidé de laisser la vie faire le tri ; je ne m’investis pas dans de nouvelles relations, je garde volontairement mes distances, pour ne plus me faire mal quand les « amitiés » s’étiolent. Et je garde à l’esprit que les deux premiers cités seront toujours là, de la même façon que je serai toujours là pour eux, de même que R. avec qui j’entretiens une relation toute particulière mais qui est avant tout mon Ami…
    Et j’essaie d’apprivoiser la solitude, elle aussi est mon amie ;).
    Bisous ‘tite soeur!

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