Ode aux enseignants 2/5 : le collège

15 Avr

Suite à une remarque très pertinente d’une amie, je me rends compte que mon introduction (ici) manquait peut-être d’un petit quelque chose.

« C’est normal que tu aies un bon souvenir de l’école, vu que tu n’avais pas de problème » (ceci dit sans aucune animosité bien entendu, elle n’a pas trop mal réussi non plus… pour tout vous dire, je lui ai proposé de lire cet article parce qu’elle est instit’).

Donc, mon propos n’est pas dire que tous les profs sont formidables (vous ne me croiriez pas de toute façon :-p ), mais de tempérer l’opinion inverse souvent clamée  à droite ou à gauche. A chaque grève (ou presque), c’est l’occasion pour M. Moineau de me redire que « pff les profs, jamais contents, (…) j’en ai eu qu’un seul bon dans ma scolarité (blabla) ». J’ai chaque fois envie de répondre que je n’en ai eu qu’un seul mauvais, et que ma scolarité ayant été plus longue que la sienne, statistiquement il y a donc plus de bons profs que de mauvais… mais d’une part c’est un raisonnement biaisé, d’autre part il ne démordra pas de son idée.

Pour conclure, ma rétrospective est juste là pour rappeler que notre perception des profs est liée pour beaucoup à nos propres résultats ; qu’un prof qu’on n’aimait pas n’était pas pour autant forcément « mauvais ». Et au passage, si ça peut mettre un peu de baume au cœur à quelques enseignants qui en ont marre de se faire traiter de feignants etc, ça me fait plaisir (servez-vous, c’est gratuit).

6ème (toujours expatriée, mais le collège, comme l’était l’école primaire avant, est français) :

Français : M. Arm., notre professeur principal. Pas une figure qui m’a marquée, si ce n’est qu’il nous avait fait faire des fiches de lecture sur des livres de notre choix, à échanger entre nous pour encourager les moins lecteurs à s’y mettre.

Maths : M. Lep. Un accent prononcé de je ne sais quelle région (j’ai toujours été nulle pour reconnaître les accents), et une manie de répéter « c’est bien clair ? » « est-ce que c’est clair ? ».

Allemand : Mme Döh. Longs cheveux gris toujours nattés, sourire permanent, voix douce. Elle suivait le programme officiel de 6ème avec des élèves qui presque tous avaient une voire plusieurs années de pratique derrière eux, ça lui donnait le temps de se concentrer sur ceux qui étaient réellement débutants ou avaient des difficultés.

Histoire-Géographie : Aaaaaah… M. Ri. La terreur du collège. On devait entendre les mouches voler pendant le cours, sous peine de voir brandir le spectre d’une interro surprise (pas forcément que le spectre d’ailleurs). Comme les autres, j’allais à son cours avec une crainte marquée (d’autres en avaient carrément des maux de ventre, je n’en étais pas là). Il m’a cependant appris une chose très importante : aller au-delà des habitudes, ne pas laisser brider notre imagination. Un exemple bête, il nous faisait écrire dans nos cahiers en utilisant toute la double page ( de la marge de gauche au bord de la page de droite avant d’aller à la ligne) ; et oui, pourquoi pas ? Les standards ont leur utilité, mais il faut savoir parfois les dépasser. En début d’année, nous avions appris une liste assez détaillée des mers du globe ainsi que des chaînes de montagnes. Nos cartes étaient couvertes de noms que nous désespérions de pouvoir retenir. Les notes étaient strictes, prenaient en compte l’orthographe, la propreté de la copie. Un jour, il m’a rendu ma copie en disant « Bon… et bien j’ai mis 20, bien qu’il y ait une petite erreur… mais je mets si rarement d’aussi bonne note que je trouvais dommage de ne mettre que 19,5 » : ça a fait le tour du collège (quelques temps plus tard, une fille parle avec une connaissance commune près de moi puis s’interrompt, me regarde… « hé mais… c’est toi qui as eu un 20 avec Ri ??? »). M. Ri était passionné. Nous avons passé plus de temps que prévu par le programme officiel sur l’Egypte, mais alors… c’est simple, nous y étions. Je n’ai plus jamais eu un professeur qui me passionne autant dans ces matières.

Biologie / Musique : M. Vau. a hérité de la classe de musique car il n’y avait pas de prof de musique en titre, et qu’il était le seul enseignant du collège a être passé par un conservatoire. Jeune prof mais un peu sévère, il me laisse un souvenir assez « neutre ».

Technologie : Je n’aimais pas trop M. Cou., surtout parce que la matière m’intéressait peu (du moins toute la partie en atelier). Je lui suis tout de même hyper reconnaissante de nous avoir fait apprendre par cœur le clavier azerty, ça me permet d’avoir une bonne vitesse de frappe (oui, je me la pète – j’ai le droit, je suis chez moi). A l’atelier, je me rappelle de quelques moments particuliers, sur les consignes de sécurité : « Alors ça, c’est de l’alcool éthylique, comme dans le whisky, la bière… ; et ça, de l’alcool méthylique. Au cas où vous auriez l’idée stupide de goûter, je vous préviens : l’alcool éthylique tue lentement, l’alcool thylique tue très vite. » Ou encore « Pour savoir si le fer à souder est chaud, vous ne collez pas vos doigts dessus comme l’a fait une élève l’an dernier ; vous approchez le fil à souder et vous voyez si ça fond. » L’élève qui avait mis les doigts dessus, c’était ma sœur  et j’en étais assez traumatisée.

Arts plastiques : ma mémoire me fait défaut… je me souviens avoir galéré pour faire ma « lampe chinoise », mais je ne revois pas le visage de la prof ni ne me rappelle son nom.

Sport : Mme Fou. Bon alors là comment dire… je hais le sport, donc je n’ai aucune objectivité. Au moins, j’avais une dispense médicale pour la piscine, ça me faisait une heure par semaine de souffrance en moins !

5ème (retour en France… dur dur) :

Français : Mme Du., la prof aux chats : elle aime les chats et le fait savoir, tous les ans c’est le thème de l’exposé que les 5ème doivent réaliser au cours du premier trimestre (elle doit avoir une sacrée collection, car elle a quelques dizaines d’années de bouteille). Je la trouve intimidante, et ne suis pas la seule. Typiquement une des profs qu’on apprécie quand on est en tête de classe et qui nous fait trembler quand on est en queue de peloton.

Maths : Mme Jo. Elle est de la même génération que Mme Du., mais le sourire lui vient beaucoup plus facilement ; même les allergiques aux multiplications l’apprécient.

Allemand : Incroyable (et honteux), son nom ne me revient pas ! Je me souviens pourtant parfaitement du début de son premier cours… L’appel est vite fait, nous ne sommes que neuf élèves, dont huit qu’elle connaît depuis l’an dernier. « Bien, nous avons une nouvelle, faisons un peu connaissance : Woher kommst du ? » « Ich komme aus Berlin. » « Oh ! Interessant ! » (D’où viens-tu ? -De Berlin -Oh!? Intéressant. »). Mine réjouie de la prof, silence de plomb de mes camarades qui me dévisagent. C’est le début d’une complicité particulière, car dans ce cours j’aurai une position quasi-officielle « d’assistante de la prof ». Le seul « reproche » que je lui faisais (intérieurement – me serais jamais permis), c’est de très peu reprendre les autres sur la prononciation ; j’avais l’impression qu’elle était tellement contente d’avoir cette poignée d’élèves qu’elle ne voulait pas les traumatiser, pour ne pas ruiner les chances que les éventuels petits frères et sœurs choisissent aussi l’Allemand… peut-être qu’elle s’était simplement découragée. Ou bien c’était du pragmatisme : quand vous allez à l’étranger, si vous parlez la langue sans accent, les gens s’attendent à ce que vous les compreniez parfaitement ; autant afficher directement la couleur.

Histoire-Géographie : Mlle Beu., célèbre pour ses postillons (premiers rangs, sortez vos parapluies). Plutôt souriante de nature, je l’appréciais même si son cours ne me passionnait pas comme celui de M. Ri. l’année précédente.

Biologie : Mme « Bite » (le surnom lui vient de son mari, qui sévit dans l’établissement, j’en parlerai plus loin). Je ne sais pas pourquoi la biologie m’intéressait déjà à l’époque, mais ce n’était pas spécialement dû à la prof. Pas qu’elle fût désagréable, mais elle ne transcendait pas non plus l’auditoire.

Musique : Je vais me permettre une petite familiarité, et l’appeler simplement Claudine. Claudine vivait chaque instant en musique. Elle pouvait se montrer sévère, mais la plupart du temps son enthousiasme était assez communicatif pour qu’elle n’ait pas trop à faire de discipline. En plus des cours, elle animait la chorale et donnait un cours de guitare pour ceux qui le souhaitaient. Bizarrement, l’idée de m’inscrire à la chorale ne m’est venue qu’à la fin de l’année, en allant voir le spectacle car mes copines faisaient toutes partie de la troupe. Je chantais à tue-tête sur mon vélo, mais l’idée de me joindre à un groupe m’était tout sauf naturelle. Mais en les voyant, c’était soudain évident : je voulais vivre ça « de l’intérieur ». Je me suis donc engagée l’année suivante, et encore après. Grâce à Claudine, j’ai appris à aimer Piaf et j’ai découvert Starmania (j’ai même joué la serveuse automate lors du spectacle de fin d’année). Claudine, c’est l’une des profs pour qui je regrette le plus d’avoir quitté l’école (on d’vrait pas vieillir, j’voul’dis).

Technologie : Mme Gou. : peu d’atelier et beaucoup d’informatique, ça me suffisait pour l’appréciait (bon c’était pas elle qui décidait du programme, mais on est bête à cet âge).

Arts plastiques : M. Fe., un type assez bonne pâte, qui réussit à maintenir un semblant d’ordre dans la classe alors que dans cette matière (comme en musique ou en sport), c’est souvent difficile. Bon il m’avait vexé en ne reconnaissant pas le bout de Mur de Berlin que j’avais redessiné comme symbole du XXème siècle, mais bon.

Sport : M. Gau. Je n’aimais toujours pas le sport, mais lui, je l’aimais bien. Les gamines comme moi qui venaient à reculons et s’essoufflaient avant le premier tour de piste, ça le faisait rire mais gentiment, je ne me sentais pas persécutée. Du coup, je n’arrivais plus à reculons, mais seulement en traînant les pieds.

4ème (on prend les mêmes et on recommence… ou presque) :

Ceux qui ne changent pas : Biologie, Musique, Maths, Allemand, Histoire-Géographie, Arts plastiques et Technologie.

Latin : Mme Jos. est du genre qui obtient le silence en fronçant à peine le sourcil. Son physique peu avantageux lui vaut une foule de surnoms pas franchement sympas (un collégien, c’est vache). Il est difficile de lui arracher un sourire, mais on s’aperçoit de temps en temps qu’elle est bien humaine ; par exemple quand un groupe de la classe obtient un prix à un concours régional de Latin et qu’elle nous accompagne à Bourges pour obtenir notre prix, l’ambiance est plus détendue.

Français : Mme Bas. nous a emmenés au cinéma une fois par trimestre, pour ensuite nous faire analyser les films vus : Le Ballon d’Or, La Rose Pourpre du Caire, et j’ai un doute sur le dernier (le Destin ?). Elle nous avait aussi fait étudier du Molière, et d’ailleurs un petit groupe de théâtre s’était monté dans la classe (que des filles !) ; c’est à cette occasion que j’ai appris « qu’on ne tourne jamais le dos au public ! » (zut, c’était pourtant le plus facile pour jouer sans stress).

Physique-Chimie : M. Tan., l’œil toujours souriant, l’air juste assez sévère pour garder le calme sans élever la voix (un petit tirage d’oreille aussi parfois ramène les trublions au calme). Le cours est illustré dès que possible par une petite expérience, ce qui donne beaucoup d’intérêt à la matière.

Sport : M. heu, comment déjà ? Jeune prof tout juste sorti de l’école, côté « jeune branleur » qui a beaucoup de succès auprès de la plupart des filles. Je trouve qu’il se la pète un peu, mais il nous fait tester le base-ball, et ça, c’est cool.

3ème (on continue, toujours avec plus ou moins les mêmes) :

Ceux qui ne changent pas : Biologie, Musique, Allemand, Histoire-Géographie, Arts Plastiques, Physique-Chimie, Français (Mme Bas.), Latin.

Maths : M. Bite. Son nom se prête au jeu de mot, et sa réputation d’obsédé sexuel n’est pas d’hier. Ma grande sœur (pas celle aux doigts brûlés, l’autre) et sa copine m’avaient prévenue en début d’année « Ne te mets pas en jupe si t’as cours de maths, ou tu es sûre de passer au tableau ! ». Sans déconner, ce type faisait froid dans le dos. Il nous regardait défiler devant lui quand nous entrions en classe, et nous donnait l’impression de nous jauger comme des bouts de viande sur l’étal du boucher. J’avais un peu de peine pour sa femme aux oreilles de qui cette réputation avait bien dû revenir.

Technologie : mince, encore un dont j’ai oublié le nom. Grand et mince, ni jeune ni vieux (du point de vue d’une gamine de 14 ans, donc aujourd’hui je dirais 35-40 ans), je le trouvais plutôt sympa mais comme la techno m’intéressait toujours aussi peu, forcément il ne m’a pas trop marquée (c’était pourtant notre prof principal).

Sport : une prof plutôt proche de la retraite, dont la rumeur disait qu’elle avait été mutée d’office dans notre trou paumé pour avoir giflé une élève dans sa précédente affectation. Bon c’est vrai qu’elle était assez sèche, mais à savoir si cette histoire avait un fond de vérité… je n’en ai aucune idée.

Prochain épisode, le lycée.

Correction du 22/04/2013 : je m’aperçois que j’ai soigneusement omis de mentionner mes profs d’anglais (ça alors). En 4ème, une assez vieille prof, qui avait un accent à peine meilleur que le mien, qui peinait beaucoup à nous motiver… en 3ème, une jeune prof très sympa mais ayant de l’autorité qui a essayé de nous faire rattraper ce qu’on aurait dû voir l’année précédente et de quand même aller au bout du programme ; le résultat était là pour une partie de l’effectif, chapeau !

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